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Pourquoi les associations d’anciens élèves sont-elles vouées à disparaître ?
Par : Pierre-Gaël Pasquiou
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Les associations d’anciens élèves, que l’on appelle également « associations d’alumni », existent depuis longtemps dans nos grandes écoles et commencent également à se structurer dans de plus en plus d’universités.

Contrairement à ce que l’on constate en Angleterre et aux Etats-Unis, nos associations françaises sont loin d’être en mesure d’injecter des sommes importantes dans leurs écoles. Pire, elles sont même parfois proches de devoir mettre la clé sous la porte.

Depuis quelques années elles traversent en effet une période un peu compliquée : désintérêt des anciens, réduction du nombre de cotisants, conflits avec l’administration de l’école, etc. Un sujet qui préoccupe grandement les écoles de commerce pour qui la notion de réseau d’anciens fait partie de l’argumentaire commercial pour vendre leurs formations aux étudiants.

Je vous livre donc les raisons pour lesquelles d’après moi elles vont disparaître, et comment elles pourraient redresser la barre en s’adaptant à leur nouveau marché.

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Pourquoi ?

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Afin de partager avec vous mon analyse, j’ai décidé de me concentrer sur quatre points principaux. On pourrait bien entendu en trouver d’autres, mais l’idée étant d’en choisir quelques-uns qui concernent la majorité des établissements. Si vous voyez un ou plusieurs points qui sont à vos yeux essentiels, n’hésitez pas à les signaler dans les commentaires à la fin de cet article.

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  • Plus personne ne souhaite payer sa cotisation

Ce n’est plus un secret pour personne, on constate ces dernières années que les étudiants sont de moins en moins enclins à se délester de la somme demandée par l’association de leur école, et il en va évidemment de même pour les anciens étudiants.

L’un des moyens flagrants qui permet de constater cela c’est qu’elles sont de plus en plus nombreuses à intégrer le montant de leur cotisation directement dans les frais de scolarité des étudiants.

Certaines institutions s’en justifient par une forte proximité entre l’association et l’école. Mais à mes yeux il s’agit en réalité uniquement de les aider à garder la tête hors de l’eau. Les cotisants se faisant de moins en moins nombreux, il est vrai qu’il est beaucoup plus simple de forcer les adhésions de cette manière… D’autant plus que les frais de scolarité de certaines grandes écoles atteignant des sommes tellement stratosphériques que cela pourrait presque passer inaperçu.

Vol portefeuille

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  • Elles ne remplissent plus leur mission en lien avec l’employabilité

Une association d’anciens, c’est avant toute chose un réseau. D’ailleurs on parle régulièrement aux étudiants de « la force du réseau d’anciens » de telle ou telle école. Celui-ci étant censé permettre à ses adhérents de se solliciter les uns les autres facilement et d’échanger sur d’éventuelles opportunités professionnelles.

Elles sont également censées préparer et rapprocher les futurs jeunes diplômés au marché de l’emploi, de manière à leur faciliter la traversée de cette phase de transition souvent délicate. Sauf que les associations d’anciens se reposent généralement sur les BAIP (Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle) / Career Services des écoles et se déchargent donc de cette partie pourtant essentielle de leur mission.

Même si elles proposent presque toutes des plateformes d’offres de stage et d’emploi, elles sont essentiellement devenues des jobboards sur lesquels on retrouve les mêmes offres que dans les autres écoles concurrentes et que sur les sites emplois traditionnels.

J’ai récemment entendu le président de l’association d’une école d’ingénieurs s’exprimer à ce sujet. Il se vantait du nombre colossal d’offres qu’il mettait à disposition de ses adhérents et utilisait ce chiffre comme un indicateur probant de l’attractivité de son école vis-à-vis des recruteurs.

Si ce n’était qu’un simple concours de celui qui a la plus grosse (plateforme), je peux vous donner tout de suite la solution pour gagner : agréger toutes les offres qui se trouvent sur les jobboards. Ils se feront d’ailleurs un plaisir de réaliser le développement technique gratuitement pour vous.

Diplômée

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  • Les réseaux sociaux font désormais leur job en mieux

L’une des principales missions des associations d’anciens, que l’on peut même définir comme étant historiquement la principale, est de constituer un annuaire. Un travail titanesque qui est devenu extrêmement compliqué puisque le nombre d’anciens mettant eux-même à jour leurs fiches est en chute libre.

Il est impossible de maintenir ces annuaires à jour, à moins d’appeler les anciens étudiants un à un. Ce que font d’ailleurs certaines associations, un gaspillage de ressources qui fait mal au coeur.

Entre temps les réseaux sociaux professionnels ont commencé à s’intéresser très sérieusement à ce sujet. C’est le cas par exemple de LinkedIn qui met en place automatiquement ce qu’il nomme les « Pages Ecoles ». Un outil relativement simple à développer pour un acteur de ce type puisqu’il dispose déjà de toutes les données et que les profils sont mis à jour régulièrement directement par ses utilisateurs.

On retrouve sur ces pages l’ensemble des étudiants et anciens étudiants d’une école. Il est possible de faire des recherches par date de diplôme, spécialité, entreprise fréquentée, pays de résidence, etc. Le tout gratuitement !

Bref, il s’agit tout simplement de l’outil que n’importe quelle association aurait rêvé de concevoir. Si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet, j’avais justement rédigé un article complet que vous pouvez consulter en cliquant ici.

Pages Université Ecole LinkedIn 2

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  • Elles ne savent pas recruter leurs membres

Le recrutement de nouveaux cotisants est particulièrement laborieux. De ce que j’ai pu constater, l’action des présidents se borne à venir de temps en temps aux conférences pour faire une petite piqûre de rappel aux étudiants. Un peu à la manière des commerciaux de chez Darty qui vous proposent une extension de garantie dont vous ne voyez pas vraiment l’intérêt mais dont on vous assure qu’elle vous servira un jour.

Les services rendus aux étudiants étant bien trop souvent inexistants (mises à part quelques bricoles comme des conférences, des réductions sur la robe de diplômé, etc.), ces derniers ne se posent même pas vraiment la question de savoir s’ils vont cotiser ou non. Généralement ils ne savent d’ailleurs même pas s’ils l’ont fait ou non ; c’est dire à quel point ils ne semblent plus rien attendre de la part de leur association.

ESPACE DETENTE

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Les pistes à étudier

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Si le titre de cet article est volontairement provocateur, je reste convaincu que les associations d’anciens doivent disparaître, du moins telles qu’elles existent aujourd’hui. Le meilleur conseil que je puisse donner à ceux qui souhaiteraient faire évoluer leurs associations, c’est de tout casser pour tout reconstruire avec des bases neuves et solides.

Voilà quelques pistes qui pourraient être intéressantes à étudier :

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  • Devenir gratuites

Plus personne ne souhaite payer sa cotisation ? Alors qu’elles ouvrent les vannes et deviennent des associations aux adhésions gratuites. Non, ce n’est pas du suicide, elles n’ont déjà plus grand chose dans les caisses ou alors les restes d’un pécule du racket organisé avec l’école évoqué plus haut dans l’article.

Le meilleur moyen de prouver que ces associations méritent encore d’exister c’est d’avoir un nombre de membres qui corresponde à la totalité ou à la quasi totalité des étudiants et anciens étudiants de l’école. 

Evidemment il faudra repenser le modèle et potentiellement faire payer l’accès à des événements, à des conférences, etc. Mais ce programme à la carte aura le mérite d’être transparent et de permettre aux membres de ne payer que pour ce qu’ils consomment.

Libre

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  • L’union fait la force

Plutôt que proposer deux plateformes, de multiplier les interlocuteurs, les interventions et les modes de fonctionnement, pourquoi ne pas fusionner avec le BAIP / Career Center de l’école ? Si l’employabilité est une mission essentielle pour l’association et pour ce service de l’école, alors autant unir les ressources et travailler ensemble.

C’est le choix que font de nombreuses universités qui commencent à s’intéresser à ce sujet, mais également de certaines écoles de commerce. La gestion des alumni devient une activité qui est gérée directement par le service carrière de l’école. Elles ont fait ce choix à la base pour des questions d’organisation, mais je veux bien parier sur le fait qu’à moyen terme ça sera très rentable.

Business man super hero

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  • Vivre avec son temps

Les réseaux sociaux ont réussi à créer l’outil idéal qui remplace l’annuaire des anciens ? Très bonne nouvelle, les associations peuvent enfin se débarrasser de cette laborieuse mission consommatrice de temps, d’énergie et d’argent.

L’occasion de se concentrer sur la manière dont ces outils peuvent être utilisés : former les membres à l’utilisation des réseaux sociaux professionnels, créer des communautés en ligne, animer des communautés déjà existantes, etc. Des missions d’animateur et de coach qui sont, soit dit en passant, nettement plus valorisantes que la gestion de fichiers.

Il serait d’ailleurs également pertinent d’avoir des présidents d’associations plus jeunes que ce qui est généralement le cas. Cela leur permettrait de faciliter la transition vers les nouveaux outils et d’être plus proches de ceux qui peuvent attendre le plus de ces associations : les jeunes diplômés.

Technologies

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En conclusion, les associations d’anciens ont encore du travail mais il va falloir se relever les manches pour faire évoluer leurs missions. Un challenge de taille mais qui est nécessaire pour que ce modèle puisse effectuer sa mutation. Bien entendu, certaines associations d’anciens ont déjà pris un peu d’avance et sont en train de creuser l’écart. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce ne sont pas forcément les écoles les plus prestigieuses qui semblent avoir géré ce virage le plus habilement…

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Crédit Photos Shutterstock : Portefeuille ; Diplômée ; Libre ; Businessman super hero ; Technologies

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Pierre-Gaël Pasquiou

Responsable Partenariats et Business Development chez #rmstouch
Pierre-Gaël travaille chez #rmstouch en tant que Responsable Partenariats et Business Development. Il forme également les BAIP des Universités et des Ecoles dans le cadre de l’utilisation des médias sociaux pour l’insertion professionnelle.

2 commentaires

  • Véronique Lanot dit :

    Derrière le titre provocateur, des constats et des axes de réflexion pertinents.
    La promesse d’employabilité doit être tenue par les Ecoles elles-mêmes, pour tous les étudiants, et tout au long de leur carrière.
    A l’EMLYON, cela nous amène à casser les silos entre formation initiale et formation continue, entre bureau carrières et association des anciens. On s’en parle le 19 mai #rmsconf ?

  • Villey dit :

    Pour qu’une association survive , il faut qu’elle apporte qqc à tous ses membres …
    S’agissant d’une Assos , donc à moyens limités , il faut qu’elle fasse du Buzz pour que chacun de ses membres soient incités à participer « bénévolement » à son action envers les autres …
    Je pense à des conférences sur sujet proche de son métier pour le BUZZ .
    Je pense à parrainage , coaching , mentoring pour booster la carrière des débutants .
    Je pense à propositions financières pour membres + anciens .
    Je pense à séances de partage d’expérience .
    Je pense à informations privilégiées sur poste à pourvoir
    Je pense à partage de loisirs ou loisirs en commun ..
    … etc..;
    L’assos devrait pouvoir vivre sur cotisation faible , dons fonction des services rendus , et qqs prestations payantes .
    Bien entendu ceci ne peut marcher qu’avec un site internet intégrant toutes les informations et les relayant sous forme d’alerte à ceux qui se seront signalés comme intéressés par tel ou tel sujet .

    Pour mémoire : Supelec 1974 ayant cotisé à fonds perdus pendant 5 ans , puis ayant rompu toute relation depuis . Le journal de l’assos ne représentait pas un lien suffisant !

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