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De la fusion à la vaporisation, l’évolution thermodynamique du travail !
Par : Jean-Christophe Anna
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Vous connaissez forcément les trois principaux états de la matière : solide, liquide et gazeux. Ainsi, l’eau (pure) est solide pour une température inférieure à 0°C. Elle prend alors la forme de la glace. Entre 0°C et 100°C, l’eau est liquide. Elle se transforme en vapeur d’eau sous forme gazeuse à des températures supérieures.

Comme indiqué sur Wikipedia, en thermodynamique, un changement d’état est une transition de phase lors du passage d’un état de la matière à un autre.

Je vous propose d’envisager l’évolution de la situation d’une personne dans sa vie professionnelle du XIXème au XXIème siècle, de l’économie matérielle de la production industrielle à l’économie immatérielle de la connaissance, de l’ère solide… à l’ère gazeuse. Ou l’étude des deux changements d’état majeurs qui se sont succédés : la fusion (de solide à liquide) et la vaporisation (de liquide à gazeux).

 

L’ère solide : Salarié·e à vie !

 

L’âge de glace

L’emploi, cette relation contractuelle entre une organisation et un·e salarié·e, est né avec la Révolution Industrielle au milieu du XIXème siècle lorsque les Usines ont poussé comme des champignons. Elles ont alors proposé à des centaines de milliers d’ouvriers et quelques milliers d’ingénieurs un travail rémunéré par un salaire, réalisé sur un temps dédié (la journée), dans un lieu donné (l’usine) et dont la nature était de produire des biens matériels.

Ce même modèle a été par la suite appliqué à toutes les activités de production de biens et de services.

De très nombreuses générations de personnes se sont donc inscrites dans cette logique, très solide, de l’emploi, du CDI et donc du salariat à vie ! Et la plupart du temps dans une seule et même organisation selon le modèle 1 métier – 1 entreprise.

Dans une vie professionnelle, le choix était simplissime : patron (euh… j’hésite à utiliser l’écriture inclusive ici…) ou employé·e.

Le chômage n’existait (quasiment) pas !

 

L’ère liquide : Candidat·e à vie

 

Hier (fin du XXème siècle)

Destiné initialement à assurer le remplacement exceptionnel des employé·e·s d’une entreprise, l’intérim s’est dans un second temps étendu au surcroît d’activité avant de se développer à partir des années 70. C’est au même moment que s’est affirmé le recours au contrat de travail à durée déterminée (CDD) alors que les règles de licenciement devenaient plus strictes. Les crises économiques successives ont accéléré cette mutation du marché de l’emploi qui s’est accompagnée d’une explosion du chômage.

Les individus se sont par conséquent retrouvés de plus en plus nombreux à exercer un même métier pour différentes organisations, en mode 1 métier – plusieurs entreprises. Ils découvrent le chômage et deviennent ponctuellement candidats. Moins figée, la vie professionnelle gagne en fluidité ce qu’elle perd en stabilité. Bienvenue dans l’ère liquide.

 

Aujourd’hui (début du XXIème siècle)

Malgré cette explosion du recours aux contrats courts et le développement d’une multitude de situations depuis quelques années (freelance, auto-entreprise, portage salarial, temps partagé, startups…), le CDI reste dans l’inconscient collectif et la tête de nos politiques, des propriétaires et des banques le Graal absolu, le sésame magique qui donne accès au logement. C’est aussi un gage de stabilité pour un couple qui cherche à avoir des enfants.

L’intérim et le CDD sont donc encore aujourd’hui considérés comme des contrats au rabais, par nature précaires, alors qu’ils représentent 9 embauches sur 10 depuis 2014 et ne se limitent de loin plus aux situations exceptionnelles de remplacement pendant un congé (maternité, sabbatique ou maladie) ou de surcroit d’activité. En effet, dans une économie immatérielle de la connaissance, les organisations ont besoin de moins de ressources (humaines) que dans l’économie matérielle de la production industrielle. Elles utilisent de plus en plus ces contrats courts pour ajuster la voilure en fonction de leurs besoins.

Bref, au CDI la solidité de la relation et la stabilité de la situation. Au CDD et à l’intérim la double précarité.

 

Mon expérience du monde professionnel

J’ai débuté ma vie professionnelle en 2001 en signant le 11 septembre de la même année (autant vous dire que je m’en souviens !) un CDD de 6 mois à l’issue de mon stage de fin de 3ème Cycle RH. Comme la société dans laquelle je travaillais (Siticom) fut rachetée (par Devoteam) au moment même où mon CDD devait se transformer en CDI, j’ai enchaîné avec un deuxième CDD d’un an dans une filiale du Groupe Schneider. Ne souhaitant pas donner suite à la fin de mon contrat en raison du climat délétère dans lequel j’évoluais (2ème plan de sauvegarde de l’emploi en 18 mois), j’ai pris l’initiative de rencontrer les consultant·e·s en « outplacement » (reclassement) de BPI Group qui intervenaient sur l’antenne emploi pour leur proposer mes services. C’est ainsi qu’a démarré mon 3ème CDD de suite avant que je ne connaisse le privilège de signer enfin mon tout premier CDI 1 an plus tard, soit au bout de 3 années de vie professionnelle… J’ai ensuite enchaîné 3 CDI et 1 CDD pour 4 organisations différentes en 5 ans et demi avant de créer #rmstouch et de devenir TNS (Travailleur Non Salarié, c’est le statut lorsque l’on est Gérant d’une SARL).

 

Candidat·e à vie ? Oui, pour 3 raisons !

C’est en 2012 que j’ai utilisé cette expression pour la première fois.

Première raison : À de rares exceptions près, l’emploi à vie dans une même organisation est bel et bien révolu. Aujourd’hui, la très grande majorité des individus alternent dans leur vie professionnelle  des périodes de salariat et des périodes de chômage.

2ème raison : Depuis l’avènement des médias sociaux et notamment des réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn et Viadeo, tout individu a la possibilité de « brander » son image online, de façonner son identité numérique. Ce Marketing Personnel permet donc à chaque personne de soigner sa visibilité en permanence. La maîtrise du Personal Branding est devenu une véritable compétence ou du moins la meilleure illustration de la maîtrise des outils d’aujourd’hui, bref un excellent moyen de cultiver son employabilité.

3ème raison : Cette visibilité online sur les médias sociaux et donc Google s’accompagne tout naturellement d’une accessibilité directe et permanente de tout·e professionnel·le auprès des recruteurs·euses. Ces derniers·ères peuvent ainsi identifier et approcher aussi bien les candidat·e·s actifs·ives (les personnes en recherche active) que les candidat·e·s passifs·ives qui ne sont pas forcément à l’écoute du marché et dont les CV ne se trouvent donc pas sur les sites emploi.

 

L’ère gazeuse : Intermittent·e à vie

 

Alternance d’activité et d’inactivité

Hier, « salariée à vie », une personne exerçait toute sa vie, peu ou prou, le même métier dans la même entreprise, liée à elle par l’indéboulonnable CDI.

Aujoud’hui, « candidate à vie », une personne exerce en général le même métier pour plusieurs entreprises, en alternant intérim, CDD, CDI, auto-entreprise, portage salarial… avec des périodes plus ou moins longues de chômage.

Demain, une personne exercera le plus souvent plusieurs métiers, pour plusieurs organisations, en mode projet, enchaînant des missions de moyenne ou courte durée tout en alternant de plus en plus régulièrement les périodes d’activité et les périodes d’inactivité. Le CDI est en phase terminale et la rétribution de ces périodes d’activités prendra de moins en moins souvent la forme d’un salaire.

Un tel modèle se rapproche grandement de celui des consultant·e·s travaillant pour une ESN (l’ex SSII) qui alternent les périodes « en régie » (les missions au sein d’entreprises clientes) et les période « en inter-contrats » pendant lesquelles ils attendent leur prochaine mission.

Ce mode de fonctionnement est aussi très comparable à celui des intermittent·e·s du spectacle qui se retrouvent en inactivité entre deux projets. Cette évolution a d’ailleurs inspiré Jacques Attali qui imagine l’équation suivante : « un accroissement du nombre de petites entreprises organisées comme des troupes de théâtre rassemblant des compétences sur des projets précis, et des grandes, orchestrant autour de la notoriété de leurs marques le travail des petites, le tout avec des contrats de travail d’intermittents pour tous ».

 

La fin du salariat ?

D’un côté, du fait notamment de la dématérialisation/robotisation, les entreprises réduisent leurs effectifs et externalisent de plus en plus d’activités en recourant à des freelances. De l’autre, les professionnel·le·s sont toujours plus nombreux·euses à privilégier la liberté du statut d’indépendant·e à celui de salarié·e. Ce mouvement inéluctable concerne les plus jeunes désireux de donner un véritable sens à leur vie en choisissant un engagement « utile » pour construire le monde de demain (boom de l’économie collaborative, sociale et solidaire) ou une activité artisanale plus concrète, plus palpable, plus manuelle et relationnelle. Ils quittent leur emploi sécurisant et bien rémunéré, mais ennuyeux, vide de sens et donc subi, pour une activité certes précaire, mal rémunérée et instable, mais ô combien enrichissante et infiniment plus stimulante, car choisie. Leur objectif n’est plus de réussir dans la vie, mais de réussir leur vie ! Mais, ce mouvement concerne également leurs aîné·e·s qui souhaitent profiter d’une plus grande liberté en optant pour l’auto-entreprise, le portage salarial, le partage salarial, le temps partagé…

Le nombre de freelances, d'(auto)entrepreneurs et de slasheurs (celles et ceux qui exercent plusieurs métiers en parallèle) explose. Aux Etats-Unis, un tiers des actifs sont déjà, au moins en partie, des freelances. Et si la France compte 26 millions de salarié·e·s, il y a aussi 830 000 freelances et 5 millions de travailleurs indépendants (8 millions de plus selon une récente étude de McKinsey si l’on ajoute celles et ceux qui tirent de leur activité indépendante un revenu d’appoint comme la location de leur appartement/maison sur AirBnB). Le nombre de personnes tirant de leur activité principale une autre rémunération qu’un salaire est donc en pleine croissance.

Pour Marc Halévy, « toutes les statistiques le montrent : dans les pays développés, un nombre croissant de gens veulent se réapproprier leur temps d’activité et se donner une autonomie grandissante pour la gestion de ce temps. Chacun redevient son propre fonds de commerce, sa propre « petite entreprise ». Cela signifie que le salariat est en train de mourir et que demain, la plupart des gens vont revendiquer leur indépendance professionnelle et entretenir, avec les entreprises, non plus une relation d’emploi, mais une relation de fournisseur ». (1)

 

Une entreprise moderne, ce n’est plus une organisation pyramidale avec un boss et des salarié·e·s dans des bureaux fixes, c’est un écosystème dynamique et agile, multi-sites, au sein duquel collaborent salarié·e·s, stagiaires et freelances, où la bienveillance, l’épanouissement individuel et l’intelligence collective cohabitent. J’ai la chance immense d’être le Maître Jedi d’un tel « ovni » ! 🙂

Il serait temps d’anticiper un peu cette évolution et d’imaginer une alternative à l’indemnisation du chômage… Le revenu de base universel me semble le meilleur moyen de rétribuer les périodes d’inactivité tout en favorisant le travail choisi, bien plus enthousiasmant que l’emploi subi, non ?

 

Êtes-vous prêt·e pour cette nouvelle donne ?

 

(1) Dossier « La Fin du Travail, et après … » réalisé par Benoît Helme et Antoine Lannuzel dans le numéro 11 de la revue WE Demain (septembre 2015).

 

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Crédit Photos :

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Maitre Jedi de #rmstouch, Jean-Christophe est passionné par l'innovation et la prospective en matière d'Expérience Talent (Expérience Candidat et Expérience Collaborateur). Auteur du livre "Recrutement : du Papier au Robot - 30 ans d'évolution de 1995 à 2025", il a créé l'événement #rmsconf en 2011. Président de CREDIR Transition depuis son Burnout en 2015, il est avec Jean-Denis Budin à l'origine du concept de Qualité de Vie Globale (#QVG = Santé + #QVT + #QVHT). Citoyen engagé, Jean-Christophe a lancé le site www.2017-2037.com et le Podcast #1vie1terre pour éveiller les consciences sur les véritables enjeux de notre monde.

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