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La face cachée de l’alternance
Par : Valère Desmazières
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Campus Management
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La dernière fois, je vous présentais ma vision de l’étudiant en entreprise, comme ambassadeur en or. Aujourd’hui je reste dans le thème du Campus Management pour vous  parler d’un sujet que je connais bien, celui de l’alternance.

Pour la petite histoire, j’ai effectué mon cursus RH en alternance et j’ai travaillé, en tant que Campus Manager, au développement de l’apprentissage de mon ancienne entreprise. Dans les médias, on en parle quasi-exclusivement pour vanter les mérites d’une « solution miracle contre le chômage des jeunes ». C’est ce que j’appelle la face émergée de l’iceberg. Le fait d’avoir été alternant et de l’avoir géré en entreprise m’a permis de relativiser ce discours et d’en découvrir « la face cachée ».  Je vous propose de faire le point ! 😉

Recrutement

 

L’alternance, tout le monde s’y retrouve

Une voie royale pour l’étudiant

La validation d’un diplôme

Pour l’étudiant, l’objectif principal du dispositif d’alternance est l’obtention soit d’un diplôme délivré par le ministère de l’enseignement supérieur, soit d’un titre certifié au RNCP (Registre National des Certifications Professionnelles…) par le ministère du travail. La réussite de ce type de formation passe par un investissement important de la part du jeune. Il doit gérer deux fronts en parallèle : suivre et valider ses études tout en s’impliquant professionnellement sur ses missions en entreprise.

L’autonomie financière grâce à un salaire

Dans le cadre d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, l’étudiant en alternance est rémunéré par l’entreprise. Le salaire versé est déterminé par différents critères tels que l’âge de l’étudiant, le niveau d’étude ou encore la convention collective. L’entreprise prend également en charge le coût de la formation de l’alternant à travers la Taxe d’Apprentissage ou via la formation professionnelle. La prise en charge du coût de formation et le salaire versé permettent à l’étudiant d’acquérir une certaine autonomie financière. Effectuer ses études en alternance c’est étudier en travaillant et non pas travailler pour étudier.

Une expérience professionnelle qui fait la différence

L’acquisition d’une expérience professionnelle durant toute la durée de la formation en alternance est un réel argument pour l’étudiant qui se dirige dans cette voie. C’est la garantie de confronter son bagage théorique à la réalité du métier qu’il exercera par la suite. Cette expérience est déterminante en termes d’insertion professionnelle. Il s’agit d’un réel tremplin vers le monde du travail permettant ainsi d’éviter le passage par la case chômage ou de diminuer sensiblement la longueur de cette période à l’issue de la formation.

Alternance

 

L’occasion pour l’entreprise de recruter en Bêta Test et de valoriser sa Marque Employeur

Une opération de pré-recrutement à moindre coût

Si toutes les entreprises de plus de 250 salariés ont l’obligation légale de recruter 5% de leur effectif en alternance, certaines préfèrent s’acquitter d’une taxe supplémentaire. Le réel enjeu de l’alternance pour l’entreprise n’est pas de pourvoir son quota d’alternants mais bien de transformer, ce qui est à l’origine une contrainte en réelle opportunité !
Soyons clairs dès le début, l’un des principaux arguments qui motive les entreprises à jouer le jeu de l’alternance reste un motif économique ! Présents dans l’entreprise sur l’année entière entre 50% et 75% de leur temps, les alternants effectuent les missions courantes de l’entreprise à un coût plus que raisonnable (salaire inférieur au SMIC, batterie d’allégement de charges, crédit d’impôts, primes à l’embauche…). Quoi qu’on en dise, c’est toujours moins cher pour l’entreprise que de recruter un jeune diplômé pour effectuer des missions équivalentes.

En parallèle de l’aspect financier, le recrutement d’un alternant est toujours intéressant pour l’entreprise car il permet d’apporter un regard neuf sur l’organisation et sa manière de fonctionner. L’alternant est au fait des dernières techniques de son domaine d’activité et a beaucoup à apporter. Il est très courant qu’il consacre des travaux ou son mémoire à la résolution de problématiques réelles de son entreprise d’accueil.
Le développement d’une politique d’alternance est pour l’entreprise l’occasion inespérée de tester en condition réelle un certain nombre de futurs diplômés parmi lesquels elle pourra sélectionner et recruter les meilleurs éléments. Cela parait évident, mais le recrutement d’un jeune formé par l’entreprise et dont l’expérience a été positive est un recrutement  « sans risque » d’un collaborateur 100% opérationnel !

Une opportunité pour la Marque Employeur

Si avec l’alternance, l’entreprise à la possibilité de recruter des jeunes à moindre coût tout en repérant les meilleurs éléments en vue d’une intégration future, il est possible d’aller plus loin en travaillant conjointement sur les actions de Campus Management et de Marque Employeur.

Recruter 5% de son effectif en alternance n’est pas chose simple. Souvent les alternants ne vous connaissent pas et ne risquent pas de trouver vos offres si elles sont noyées parmi des milliers d’offres similaires… Pour séduire et recruter les meilleurs espoirs, il va falloir communiquer… et en matière de communication, l’alternance a un fort potentiel ! C’est un sujet qui passionne les jeunes, les écoles, les médias et les pouvoirs publics. Communiquer sur sa politique d’alternance, c’est l’opportunité d’offrir une belle visibilité à sa stratégie de Campus Management auprès des stagiaires, des alternants et des jeunes diplômés.
Il est également possible de communiquer sur le développement d’un tel programme auprès des collaborateurs de l’entreprise. En effet, ce type d’engagement favorise la diversité, nourrit la RSE, permet de lutter contre le chômage des jeunes … C’est enfin un excellent moyen pour l’entreprise de travailler sur les questions de management inter-générationnel et de reverse mentoring.

Campus Management

 

Un cercle vertueux pour les écoles

Si l’alternance représente une opportunité aussi séduisante pour les étudiants que pour les entreprises, les écoles ne sont pas en reste.

Une nouvelle source de revenus

Contrairement aux formations initiales, les formations en alternance sont financées par les entreprises via la Taxe d’Apprentissage pour les apprentis ou par l’intermédiaire des OPCA pour les contrats de professionnalisation.
Il s’agit donc d’un modèle économique différent qui change la donne. L’entreprise qui finance la formation devient le client de l’école. Ce n’est plus l’étudiant qui supporte le coût de la formation mais bien l’entreprise. L’étudiant n’est plus obligé de payer pour s’inscrire dans l’école. Chaque étudiant devient donc une cible potentielle qu’il est possible de placer en entreprise.
N’étant plus lié à une question purement financière, le nombre d’étudiants potentiellement intéressés par les écoles qui font le pari de l’alternance grandit. Comme ces étudiants ne sont présents qu’à « temps partiel » dans ces établissements, ces derniers peuvent doubler les places disponibles. Il est donc possible en optimisant l’espace et les agendas d’augmenter considérablement le nombre d’étudiants et ainsi le chiffre d’affaire sans augmenter sensiblement les investissements. Une aubaine aussi bien pour les écoles privées que pour les universités.

Une meilleure notoriété et attractivité

La question de la notoriété est une problématique importante pour les établissements et d’autant plus pour ceux qui proposent de l’alternance. L’étudiant s’inscrira dans l’établissement uniquement s’il a l’espoir de trouver facilement une entreprise d’accueil pour son alternance et s’il est assuré de trouver rapidement un emploi à l’issue de sa formation. L’inscription de l’alternant reste néanmoins indissociable de la signature d’un contrat avec une entreprise. Cette condition sine-qua-non nécessite donc pour l’école de posséder et de développer un puissant réseau école-entreprises. C’est un véritable cercle vertueux en matière de notoriété qui se met en place.

Un rapprochement entre écoles et entreprises

Il me semble que le système de l’alternance est le meilleur système pour rapprocher le monde de l’enseignement du monde professionnel. Les écoles sont obligées de développer leurs réseaux d’entreprises pour mieux placer leurs alternants et favoriser leur employabilité en sortie de formation. En parallèle, les entreprises font un travail similaire pour cibler les formations qui conviennent le mieux à leurs métiers et fidéliser les relations pour s’assurer d’avoir accès aux meilleurs étudiants chaque année. Enfin les étudiants futurs collaborateurs, sont tout naturellement enclins à promouvoir leur ancien établissement.

Ainsi la boucle est bouclée et tout le monde y gagne !

Apprentissage

 

Le revers de la médaille

Un alternant entre espoir et désillusion

Certaines dérives

Si les avantages qu’offre l’alternance à l’étudiant sont en théorie excellents, la réalité est parfois moins rose. Deux points ont particulièrement retenu mon attention :

Le cas du stage alterné qui permet à un étudiant d’effectuer son alternance sans contrat de travail. Il touche alors une gratification de stage que l’entreprise peut proratiser au temps de présence. A titre d’exemple, un étudiant présent une semaine sur deux touche alors 273€/mois. Au delà du fait que le stage alterné ne permet pas l’autonomie financière, tout job étudiant en parallèle est incompatible avec le rythme de l’alternance.

– Il arrive parfois que les missions réalisées par le jeune, soient d’un niveau inférieur ou sans lien avec la formation préparée. Dans ce cas, l’école a la possibilité d’intervenir, mais le jeune est généralement réticent à l’avertir par peur de voir ses relations au travail se dégrader davantage. C’est pourtant un point important car le contenu des missions rentre directement en compte dans la validation du diplôme !

Une promesse à moitié tenue

L’alternance est souvent comparée à une arme anti-chômage. Si c’est le cas pour les métiers en tension, ça l’est moins pour de nombreuses formations de l’enseignement supérieur. Si on favorise l’embauche des alternants via un quota de 5%, il faut avoir à l’esprit que cela correspond nécessairement à des postes de jeunes diplômés qui ne seront pas ouverts. S’il devient « plus simple » de trouver un contrat d’alternance, il devient encore plus compliqué pour les jeunes diplômés de trouver leur premier emploi.

Rappelons que l’alternance a vocation à améliorer l’employabilité des jeunes et non à créer des postes pour les jeunes diplômés ! En jouant sur la concurrence, on facilite l’accès à certains (ici les alternants) en fermant des portes aux autres (jeunes diplômés issus de la formation initiale), c’est mathématique.

Contrat pro

Une usine à gaz pour l’entreprise

Un dispositif aussi vaste que complexe

L’alternance est régulièrement critiquée pour sa complexité et sa lourdeur administrative. Sans rentrer dans les détails, l’alternance c’est 3 formes juridiques possibles (apprentissage, professionnalisation & stage alterné) avec autant de règles différentes (enregistrement du contrat, âge, rémunération, période d’essai, financement, tuteur, modalité de rupture…). Bon courage ! 😉

C’est également un cycle (recensement du besoin, relation écoles-entreprises, campagne de recrutement, intégration, suivi administratif, Taxe d’Apprentissage, question de la fin de contrat…) à recommencer chaque année !

En parallèle l’entreprise doit apprendre à jongler avec les rythmes scolaires des alternants qui ne coïncident pas toujours avec ses projets ou son activité. L’accumulation de toutes ces variables en font une « usine à gaz » qui nécessite rapidement une ou plusieurs personnes à temps plein. Quand l’entreprise fait le choix de se lancer dans ce type de dispositif, il s’agit bien d’un réel investissement.

La question de l’après-alternance & du candidat boomerang

Si pour l’entreprise, l’alternance est la possibilité de recruter des jeunes testés et approuvés en conditions réelles, c’est aussi l’opportunité de constituer un vivier intéressant centré sur les métiers de l’entreprise. La question à se poser est de savoir ce que l’on fait des alternants qui se sont révélés doués et motivés pour rester mais à qui l’entreprise ne peut pas proposer de CDI ? Comment sont-ils accompagnés à la sortie, combien d’entreprises continuent de suivre leurs parcours en vue d’un recrutement différé ? (entre nous : beaucoup trop peu 😉 )

Je pense qu’il est nécessaire de quitter la vision « à court terme » des stagiaires et alternants. Ces jeunes peuvent se révéler être d’excellents candidats Boomerang après quelques mois ou années chez un fournisseur, client ou concurrent ! Le Campus Management devrait davantage capitaliser sur le potentiel de ce vivier !

Sourcing

 

Les écoles doivent s’adapter à un nouvel environnement

Ce nouveau modèle génère une forme de concurrence entre les écoles qui font le pari de l’alternance. Pour se financer les écoles dépendent désormais des entreprises et plus particulièrement du versement de la Taxe d’Apprentissage.

L’entreprise verse cette taxe, basée sur la masse salariale, aux établissements de son choix. L’enveloppe globale est distribuée à la discrétion de l’entreprise. C’est une véritable bataille qui s’opère entre les écoles pour obtenir la plus grosse part du gâteau. L’enjeu est d’autant plus important qu’il peut arriver que certaines entreprises versent un montant de Taxe d’Apprentissage inférieur au coût de la formation de leurs alternants, mettant en difficulté la formation concernée.

Pour tirer son épingle du jeu, la stratégie des écoles est double : investir dans la communication et se doter d’une équipe commerciale dédiée. Communiquer permet de faire connaitre l’école et les formations en alternance auprès des étudiants pour sélectionner les meilleurs. L’équipe commerciale aide les étudiants à trouver une entreprise d’accueil et s’investit pour collecter la fameuse taxe.

 

Le mot de la fin

Et si l’alternance était pour l’entreprise l’opportunité de se réapproprier son rôle de formation auprès des nouvelles générations ? L’école du futur passera nécessairement par une augmentation des intervenants professionnels et par la participation des entreprises aux CA des écoles et universités.

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Valère Desmazières

Brand Content & Community Manager chez #rmstouch
Valère est passionné de RH et a eu l’occasion de travailler dans le domaine du recrutement, du campus management et de la formation. Il a plus récemment été envoûté par la magie du recrutement innovant qui l’a poussé à rejoindre l’équipe #rmstouch en tant que Brand Content & Community Manager.

2 commentaires

  • Camille BIDEAU dit :

    Très bon angle de montrer que l’alternance n’est pas aussi rose qu’on veut bien le penser. Je développais d’ailleurs cette réalité dans mon blog lorsque j’étais en alternance (4 ans en tout). J’ai trouvé mon premier poste en CDI moins de 6 mois après la fin de mes études. Je ne peux donc que recommander ce mode d’apprentissage malgré tout ça reste compliqué à gérer pour un étudiant.

    Parmi les points négatifs, il est vrai qu’on parle beaucoup moins de ces étudiants qui se retrouvent sans entreprise un mois après la rentrée à l’école et qu’on prie gentiment de s’acquitter des frais de scolarité (7500 € en moyenne pour une école de commerce) ou de dégager… A peu près un tiers de mes camarades quand j’étais à l’école… Quand on vous a vendu des études gratuites et rémunérées, la pilule est plutôt difficile à avaler. Quant au stage alterné, il oblige en plus l’étudiant à régler ses frais de scolarité. Choisir l’alternance, c’est prendre un vrai risque, surtout depuis que les aides sont beaucoup moins intéressantes pour les entreprises.

    Autant je n’ai jamais eu trop de mal à mon époque pour trouver des entreprises, autant j’ai l’impression que ça devient beaucoup, beaucoup plus compliqué aujourd’hui.

    Concernant l’après-alternance, je n’ai eu qu’une seule proposition de CDD suite à mon passage dans l’entreprise. Les postes que j’occupais étaient surtout des postes à alternants (ce qui est cool quand on arrive en alternance, moins quand on souhaiterait rester en CDI, mais quelque part, c’est le jeu…).

    Par ailleurs, je vous rejoins sur le manque de suivi des alternants après leur départ et là, je vais un peu prêcher pour ma paroisse puisque je bosse pour un éditeur de logiciel qui propose justement une solution (ALTAYS ALTERNANCE& STAGES) pour évaluer de manière systématique les stagiaires et alternants de passage dans l’entreprise. Le but est de constituer un vivier de CV qualifiés et de ne pas laisser filer des profils que l’on a mis 1 an ou plus à former aux pratiques de l’entreprise, ce qui est dommageable à la fois pour l’entreprise et pour l’alternant.

    Au final, je pense que de manière générale, on n’exploite pas tout le potentiel de l’alternance.

    Camille BIDEAU
    Altays

    • Valère Desmazières dit :

      Bonjour Camille,
      Merci pour votre retour d’expérience ! C’est toujours intéressant de voir que ces situations sont plus fréquentes qu’on ne le pense.
      J’en ai également profité pour découvrir votre solution, que je ne connaissais pas. Top 🙂

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