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Et si on arrêtait enfin de confondre Travail et Emploi !
Par : Jean-Christophe Anna
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Quelle méprise ! Quelle incroyable confusion !

« Code du travail », « contrat de travail », « monde du travail », « marché du travail », « bien-être au travail », « valeur travail », « ministère du travail », « Loi travail »… alors que tous ces noms, expressions ou concepts ne concernent que l’emploi.
L’emploi et le travail sont deux choses complètement différentes et très nombreux sont celles et ceux à les confondre.
Aucun candidat à l’élection présidentielle 2017, ni aucun journaliste ne semble maîtriser leurs significations exactes… consternant !

Si Benoit Hamon a été le seul à prendre en compte l’impact évident de l’automatisation/robotisation actuelle sur la disparition de millions d’emplois dans les 10 à 20 prochaines années, il a parlé de raréfaction du… travail.
Quant à ses adversaires politiques, Manuel Valls et Arnaud Montebourg pendant la primaire de la gauche puis les autres candidats et notamment le nouveau Président de la République, ils se sont affirmés, par conviction et/ou opposition, comme les candidats du… travail ou de la fiche de paie. Clairement identifié comme le candidat de l’oisiveté et de l’assistanat, Benoit Hamon n’a pourtant commis qu’une seule erreur, celle d’avoir eu raison trop tôt (alors qu’il est pourtant déjà trop tard) en ayant l’audace de proposer la seule et unique proposition nouvelle, innovante et ambitieuse de cette triste campagne. (Je vous donne RDV tout en bas de cet article pour enfin tout comprendre sur le Revenu universel)

 

L’emploi n’est qu’une forme de travail parmi d’autres

L’emploi, pour faire simple, c’est un travail rémunéré, récompensé par une rémunération, et qui fait l’objet d’un contrat qui, au passage, devrait être qualifié « d’emploi » et non « de travail ». La rémunération récompense un travail précis, réalisé dans un lieu fixe pendant un temps donné. L’emploi a été créé lors de la Révolution industrielle à la fin du XIXème siècle. Il n’existait pas avant.

Dans notre société, l’emploi confère un « poste », un statut social, une considération. L’emploi permet aussi et surtout d’accéder au logement. Tant pis pour toutes celles et ceux qui n’en ont pas, qui n’ont pas d’Assedics, qui ne savent pas qu’ils ont droit au RSA, qui abandonnent la procédure devant sa complexité ou enfin qui s’interdisent par fierté, par amour propre, de le solliciter pour ne pas « revendiquer » leur condition de pauvre.

L’emploi permet également d’entrer dans la fameuse catégorie des « actifs » car c’est bien connu seuls celles et ceux qui ont un emploi sont actifs…

 

Le travail, quant à lui, c’est une activité diverse et variée qui permet de contribuer au bien commun. Ainsi, lorsque vous exercez une activité artistique, créative ou bénévole, vous travaillez sans pour autant être rémunéré. Le travail ne peut donc ni se raréfier, ni encore moins disparaître.
Il y aura toujours du travail, même je jour où il n’y aura plus d’emplois !
Lorsque un artiste peint, lorsqu’un écrivain écrit un roman, lorsqu’un comédien répète une pièce de théâtre, il travaille. Si le premier ne vend aucun tableau, il ne touchera aucune rémunération. Idem pour le second s’il ne trouve aucune maison d’édition pour publier son livre et pour le troisième si la troupe ne trouve aucune scène pour se produire. Le statut d’intermittent du spectacle permet aux artistes de continuer à vivre entre deux projets.
Et il en va exactement de même pour le créateur d’entreprise qui peut travailler plusieurs mois sans toucher la moindre rémunération. Les Assedics peuvent éventuellement lui permettre de « tenir » le temps qu’il puisse vivre de sa nouvelle activité.
Allons plus loin, d’autres personnes, encore plus nombreuses, travaillent sans même avoir la perspective de toucher un jour une rétribution financière. Ainsi, une personne engagée activement dans une association travaille, une mère qui élève ses enfants à la maison travaille, une personne qui jardine travaille, une personne qui bricole chez elle travaille, le/la coach d’une équipe de Foot, de Hand, de Basket, de Volley… travaille, une personne qui partage son enthousiasme dans son voisinage travaille…

 

Qu’en est-il du demandeur d’emploi ?

S’il n’a pas d’emploi, puisqu’il en recherche un, il a bel et bien un… travail, sa recherche d’emploi ! D’où la pertinence de l’expression consacrée « la recherche d’emploi est un travail à temps plein ».

Pour avoir été moi-même candidat à 6 reprises en 16 ans de vie professionnelle et avoir exercé la fonction de Consultant en Ouplacement pendant 2 ans au sein de BPI Groupe et celle de Consultant en Mobilité professionnelle pendant plus de 2 ans et demi à l’Apec, je peux vous assurer que bon nombre de demandeurs d’emploi travaillent plus que certaines personnes « actives », euh pardon « en poste », euh pardon… ayant un emploi !

 

« Travailleuses, travailleurs, on vous ment, on vous spolie… »


Vous connaissez forcément ce cri du coeur d’Arlette Laguiller de Lutte Ouvrière, ou plutôt la version revue et corrigée par les humoristes des guignols de l’info puisque seule la première partie « Travailleuses, travailleurs… » est signée de la toute première candidate à l’élection présidentielle française en 1974.
Même elle (et tout récemment Nathalie Arthaud et Philippe Poutou) « surfait » sur cette confusion… préférant opposer les travailleurs aux grands patrons plutôt que de s’intéresser à l’ensemble des personnes qui travaillent sans nécessairement avoir un emploi ou à tous les entrepreneurs à la tête de TPE qui créent de l’emploi tous les jours…

 

L’emploi est mort, vive le travail !

C’est une réalité, des millions d’emplois vont disparaître et le chômage va littéralement exploser ! Si tant est que l’on parle encore de chômage … Et oui, pour le Philosophe Bernard Stiegler l’emploi est mort. Et si l’emploi est mort, le chômage l’est tout autant ! Mais, rassurez-vous, selon lui, « la fin de l’emploi, c’est le début du travail ! »


Rares sont celles et ceux qui ont le courage de la regarder en face.

Même si elle était de retour, cela fait bien longtemps que la croissance n’est plus synonyme de création d’emploi. Selon Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, co-auteurs du livre « Race against the machine », un « grand découplage » s’est amorcé aux Etats-Unis au début du XXIème siècle : « les deux moitiés du cycle de la prospérité se sont séparées : l’abondance économique, incarnée par le PIB et la productivité, a continué à suivre une trajectoire ascendante, tandis que les revenus et les perspectives d’emplois pour les travailleurs classiques ont fléchi ». Et selon nos deux spécialistes, la même tendance s’observe dans la plupart des pays développés.

 

Je vous invite à regarder attentivement les deux graphiques ci-dessous. Sur le second, « Wages » signifie salaires.

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Les salariés qui se retrouvent concernés par un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) ont toujours l’air surpris qu’une grande entreprise, la leur, puisse faire des millions de bénéfices tout en licenciant…

Pourtant cela n’a rien de paradoxal. Avec le développement rapide de l’association automatisation-dématérialisation-externalisation, les entreprises n’ont plus besoin aujourd’hui d’autant de ressources humaines sur d’aussi longues durées.

Selon l’économiste Jeremy Rifkin, nous serions présentement dans une phase de l’histoire de l’humanité dans laquelle de moins en moins de travailleurs seront nécessaires à la production de biens et services. En fait, la croissance de la productivité aux États-Unis a été plus élevée durant la décennie 2000 (2,5%) que les précédentes et pourtant aucune création nette d’emploi ne fut observée…

Automatisation

Six études majeures (1), toutes réalisées entre 2013 et 2017, démontrent que la disparition massive d’emplois est inéluctable et que malgré ce que peuvent penser les inconditionnels de la fameuse « destruction créatrice » de Joseph Schumpeter, le nombre de nouveaux emplois créés sera bien moindre que le nombre d’emplois pour lesquels la « machine » remplacera l’humain.

Externalisation

Parallèlement, les entreprises externalisent de plus en plus certaines tâches ou activités et privilégient le recours à des contrats courts au détriment du sacro-saint CDI. Depuis plusieurs années déjà, 9 embauches sur 10 se font en CDD ou en Intérim. Les organisations vont donc gagner en agilité et évoluer en mode projet en ajustant la « voilure » en fonction des besoins. La France compte aujourd’hui 830 000 freelances (soit deux fois plus qu’il y a 10 ans) et 3 millions d’indépendants. Le recours à leurs services s’accroit. Les générations actuelles et futures d’actifs alterneront tels les intermittents du spectacle ou les consultants des ESN (ex SSII) les périodes en « activité » et celles en « inactivité »… rémunérée !

L’inversion de la courbe du chômage est donc une vue de l’esprit, le retour au plein emploi une utopie et la défense acharnée du CDI une hérésie !

Le philosophe et prospectiviste, Marc Halévy le démontre simplement : « Le contrat d’emploi salarié fut taillé sur mesure pour les ouvriers d’usine, dans le cadre de la révolution industrielle » . Selon lui, avec la révolution numérique, « trois paramètres fondamentaux » et inhérents au modèle imaginé au XIXème siècle, « le rendent aujourd’hui totalement inadéquat : le temps de travail, la nature du travail et le lieu de travail ». En effet, premièrement l’heure de présence n’est plus une unité de mesure pertinente. Deuxièmement,  avec l’automatisation le problème humain n’est plus de produire, mais de créer. Troisièmement, la matière première de nos activités est aujourd’hui de plus en plus immatérielle, elle ne nécessite donc plus une présence obligatoire dans les murs de l’entreprise. (7)

Avec la robotisation, ce n’est en aucun cas le travail qui va se raréfier, mais bien l’emploi. Il y aura toujours du travail, même le jour où il n’y aura plus d’emploi. D’ailleurs, il y a toujours eu du travail avant même que l’emploi n’apparaisse lors de la Révolution industrielle au XIXème siècle.

 

Tout travail mérite salaire !

Pour que cette expression célèbre puisse réellement se concrétiser un jour, il convient nécessairement de mettre (enfin) en place un Revenu universel.

Oh là… je vous entends déjà me dire que je suis un doux rêveur, que c’est complètement utopique comme mesure, et qu’en plus elle est comme l’a si bien dit ce cher Manuel Valls « infinançable et irréalisable », sans oublier bien entendu qu’elle encouragerait l’oisiveté et l’assistanat généralisés…

Ben voyons ! L’Assurance maladie et les congés payés n’étaient-ils pas jugés inconcevables avant leur mise en place ?
Et puis quand 7 prix Nobels d’Économie dont Maurice Allais, James Tobin, Friedrich Hayek, Robert Solow, ou Milton Friedman et d’éminents experts tels Elon Musk, Jeremy Rifkin, Bernard Stiegler défendent une telle mesure, c’est qu’elle est non seulement réalisable, finançable, mais surtout absolument indispensable !

Le Revenu universel a une triple vertu puisqu’il permettrait à la fois d’éradiquer la pauvreté en permettant à toutes les personnes vivant en France d’accéder à un logement, de lutter contre la disparition massive d’emplois et de permettre à tout un chacun de choisir librement son travail et à une grande majorité de ne plus subir son emploi.
Philippe Van Parijs, Docteur en philosophie de l’université d’Oxford, Docteur en sociologie de l’université catholique de Louvain et Co-fondateur du Basic Income Earth Network (BIEN), est convaincu que « cette allocation universelle est le seul moyen pour l’Europe de sortir de la crise ». Jérémy Rifkin, célèbre essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique, atteste : « le revenu de base n’est pas une utopie, c’est le prochain modèle économique de l’humanité ! ».

Si malgré tout, vous n’êtes toujours pas convaincus, je vous propose d’écouter l’expert Philippe Van Parijs :

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Le programme de notre nouveau président

Dans le programme du candidat Macron toujours consultable sur le site web « En Marche ! » (https://en-marche.fr) figure une rubrique « Travail / Emploi » qui vous permet de mesurer combien la confusion Emploi/Travail atteint son paroxysme au sommet de l’État !

Programme E Macron - Extrait sur le travail

Je vous invite à lire attentivement le paragraphe qui suit…

Travail___Emploi___En_Marche__

Depuis l’élection, une nouvelle rubrique « Emploi, chômage et sécurité professionnelle » a fait son apparition sur le même site. Étrangement, le mot travail n’y figure plus. Aurait-elle été rédigée par une personne qui maîtrise bien la différence ? 😉

Il s’agit sans doute plutôt d’une anomalie puisque Muriel Pénicaud est bien « Ministre du Travail » et que les récentes ordonnances modifiant le Code du Travail ne concernent bien entendu que l’emploi salarié en ignorant complètement les freelances et forcément toutes les personnes qui travaillent sans avoir d’emploi.
Si Emmanuel Macron devenait réellement le Président du Travail (et non celui de l’Emploi), alors son quinquennat deviendrait historique.
Malheureusement, il y a très peu de chances qu’il lise cet article…

 
(1) : Voici les 6 études dédiées à l’impact de l’automatisation sur l’emploi

  • Selon 2 chercheurs de l’Université d’Oxford (Étude « The Future of Employement: How susceptible are jobs to computerisation? » – 2013) 47% des emplois actuels pourraient être remplacés par des ordinateurs ou des robots d’ici 2035.

  • Selon une étude du cabinet Roland Berger réalisée dans la foulée la même année (2013) le remplacement du travail humain par les machines concernerait en France 42% des métiers d’ici 2035 et 3 millions d’emplois à l’horizon 2025.

  • Dans une étude publiée en 2014, le cabinet Gartner estime que les robots, les machines intelligentes et les logiciels remplaceront un emploi sur trois dans le monde en 2025. Cols bleus et cols blancs sont concernés.
  • Selon l’enquête « The Future of Jobs » réalisée par le Forum économique mondial de Davos en 2016, la disparition nette d’emploi d’ici 2020 dans les 15 premières économies mondiales pourrait atteindre 5 millions (7 millions perdus surtout chez les cols blancs et 2 millions créés)
  • Enfin, une toute récente étude sur l’impact de la robotisation sur l’emploi, rédigée par deux économistes du MIT et de la Boston University et publiée par le National Bureau of Economic Researché, dresse un constat inquiétant des conséquences du phénomène aux Etats-Unis : celle-ci a eu des « effets négatifs massifs » sur l’emploi entre 1990 et 2007, avec jusqu’à 670.000 postes éliminés dans l’industrie manufacturière, écrivent Daron Acemoglu et Pascual Restrepo. Les deux chercheurs jettent le doute sur l’existence d’une « destruction créatrice » compensant la disparition des emplois dans les usines par la création de nouveaux postes qualifiés dans les nouvelles technologies, comme ceux de développeurs informatiques et de « data scientists ».
  • Dans notre beau pays, le constat est le même puisqu’entre 1980 et 2012, 1,4 millions d’emplois ont disparu en France du fait de l’automatisation (principalement dans l’industrie).
(2) : Chronique « Après le Salariat » signée par Marc Halévy dans le numéro 14 de la revue We Demain (juin 2016).

 

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Maître Jedi et Directeur Général de #rmstouch, société spécialisée en Recrutement mobile & social. Il forme et accompagne les organisations dans l’utilisation des médias sociaux et des technologies mobiles pour optimiser l’efficacité de leur Recrutement et l’attractivité de leur Marque Employeur. Organisateur de l'événement #rmsconf et auteur du livre "Job & réseaux sociaux, connectez-vous" (Hachette), il « évangélise » à tour de bras Recruteurs et candidats pour les convertir au Recrutement innovant. Telle est sa mission !

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