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Travail ou Emploi ? Quand l’activité professionnelle l’emportera sur le travail et l’emploi… (par Marie-Pierre Fleury – #rmsconf 2018)
Par : Marie-Pierre Fleury
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Quand je projette l’évolution du travail, l’image qui me vient spontanément à l’esprit est celle d’un costume continuellement trop étroit.

Nous sommes passés d’un travail défini comme un labeur dans une relation de servitude à l’emploi-salarié contractualisé, encadré par un droit protecteur, et une liberté relative de choisir pour qui travailler, pour combien et de bénéficier directement de son salaire.

Une nouvelle séquence s’est ouverte depuis 30 ans. La mondialisation des économies a modifié l’engagement d’emploi et a stimulé les innovations technologiques en matière d’information et de communication. Ces mouvements nous ont conduits à adopter avec enthousiasme, naïveté aussi, les propositions du numérique : un monde en réseau où chaque personne a une place, en synthèse la globalisation et la personnalisation.

Pour les salariés que nous sommes, le numérique nous semble apporter les solutions au désengagement du contrat d’emploi de l’entreprise nourricière. Le numérique élargit nos espaces économiques et sociaux d’actions et d’expression. Il nous semble redistribuer les cartes du pouvoir et de l’influence, notamment en matière de travail et d’emploi. Le fait-il vraiment ?

Les salariés ont mis du temps à réagir, sonnés par les bouleversements et les affres du marché du travail. Certains d’entre nous expérimentent de plus en plus par choix de nouvelles formes de travail. Ils nous permettent aujourd’hui d’en faire les premières analyses.

 

Un vent de liberté supplémentaire semble souffler sur le travail. Après l’entreprise libérée du management, que faut-il penser du travail libéré de l’entreprise ?

Les activités que nous réalisons à partir de nos compétences professionnelles s’élargissent et s’hybrident. L’ensemble constitue notre activité professionnelle, c’est elle qui nous définit désormais le mieux, même s’il n’est pas toujours évident de le communiquer 😉

 

 

Le numérique redistribue-t-il les cartes du travail et de l’emploi ?

Les entrepreneurs veulent changer le monde, les développeurs l’ont fait avant eux !

Les développeurs sont à l’origine de la vague d’innovations que nous avons adoptées et qui transforment l’économie et la société dans le contexte de mondialisation.

Ces professeurs Tournesol, reconvertis depuis pour certains dans le business, ne se doutaient probablement pas que leurs aspirations à connecter le monde pour mieux collaborer et donner accès à chacun à des ressources nous conduiraient aujourd’hui à réfléchir à la mutation du travail et de l’emploi et à démêler les paradoxes qu’ils ont contribué à construire et que nous avons contribué à alimenter depuis 20 ans.

En matière de travail et d’emploi, le numérique nous apporte en effet le tout et son contraire.

Les technologies numériques nous libèrent des contraintes de lieu et de temps pour réaliser notre travail. Elles nous rendent mobiles et flexibles. En parallèle, elles nous géolocalisent, nous mesurent et gomment les frontières entre les temps de vie.

Les plateformes en ligne nous permettent d’externaliser notre travail. En parallèle, elles deviennent les employeurs et nous soumettent à leurs règles.

Les réseaux sociaux nous ouvrent un réseau professionnel illimité. En parallèle, ils nous vitrinisent et leurs algorithmes encadrent nos actions.

L’automatisation vise à réduire les couts. En parallèle, elle offre l’opportunité de nouveaux modèles de création de valeur.

Télétravail, auto-entrepreneuriat, freelancing, co-working, ubérisation, emploi à temps partagé, slasher, plateforme d’échanges de services, etc. représentent un échantillon des formats de travail

De la flexibilité spaciale et temporelle accrue dans un emploi-salarié à l’autonomie nomade et collaborative de l’auto-entrepreneur, le numérique favorise l’élargissement du terrain de travail et en transforme les règles. Certains aimeraient bien en faire aussi un terrain de jeu 😉

Ces quelques exemples illustrent en réalité les usages que nous choisissons de faire de ces innovations technologiques.

Nous avons choisi de confier au code le soin de nous ouvrir à de nouvelles ressources, de nous mettre en relation, de nous faciliter la vie, de nous notifier, de nous recommander, de prédire… Il nous libère des cadres traditionnels autant qu’il nous enferme dans ces propres règles.

Oui, le numérique redistribue les cartes du travail et de l’emploi d’un point de vue individuel et organisationnel, pour chacun, pour chaque entreprise, dans le contexte économique actuel où il est supposé soutenir la croissance !

Passées les étapes du waouh, de l’expérimentation et de retour d’expérience, il est temps de remettre les innovations technologiques au tempo de la société, de mieux intégrer les conditions sociales et économiques de diffusion et d’adoption de ces innovations, par les personnes et les organisations.

 

L’activité professionnelle, le nouveau paradigme du marché du travail    

Nous avons vécu depuis 30 ans une désynchronisation de l’économique et du social.

Les entreprises expriment depuis 30 ans leur besoin d’une plus grande flexibilité en matière de main d’œuvre et leur désengagement de la relation d’emploi.

Les salariés expriment depuis 10 ans leurs aspirations à plus de sens, d’autonomie, de flexibilité et de reconnaissance au travail.

Les entreprises expriment depuis 10 ans leurs difficultés de recrutement et le besoin d’un plus grand engagement de leurs salariés, devenus depuis des collaborateurs, porteurs des innovations  et des avantages concurrentiels.

Les salariés expriment depuis 15 ans leurs aspirations à l’entrepreneuriat ou à une coopération plus autonome avec l’entreprise.

Le numérique a amplifié les existants (artisanat numérique et coopératif) et les tendances (individualisation, flexibilité) et les mélangent. Il contribue ainsi à une convergence des besoins des individus et des organisations.

L’activité professionnelle qui mixte les expériences entrepreneuriales, bénévoles et salariales construit des profils qui intéressent désormais les entreprises en quête de collaborateurs plus innovants, entrepreneuriaux, autonomes, sachant travailler à la mission, en mode projet…

Comme si à l’engagement d’employabilité de l’entreprise (peu respecté…) qui avait pris le relais de l’engagement d’emploi succédait aujourd’hui l’engagement d’une expérience de travail, contribuant à enrichir l’activité professionnelle et l’identité professionnelle.

Toutefois les idéaux ou les stratégies d’activité professionnelle ainsi que les expériences ne gommeront pas la question de la sécurité des revenus.

La reconnaissance de l’activité professionnelle qui mixte les expériences entrepreneuriales, bénévoles et salariales comme nouveau repère resynchronise l’économique et le social et doit nous conduire à finaliser le second volet de la flexi-sécurité, avant la prochaine vague de l’intelligence artificielle et de la robotisation.

 

Quand l’activité professionnelle l’emportera sur le travail et l’emploi… la flexi-sécurité s’éveillera enfin. J’hésite entre le point final et le point d’interrogation, mais le sujet semble avancer actuellement…

 

On en reparle tous ensemble le 9 octobre lors de la rmsconf : Travail ou Emploi : qui l’emportera ?

 

Source image : 123RF

 

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Marie-Pierre Fleury

Marie-Pierre Fleury, ex-DRH, fondatice du site id-carrieres.com et de Canden. Nous accompagnons les parcours professionnels individuels et le management RH des entreprises, en alliant expertises RH et les apports des technologies du web. Blog id-carrieres.

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