Je comptais vous écrire un article sur la 2e frontière du recrutement avec l’explosion du recrutement en-ligne pour les non-cadres, mais non, après avoir lu plusieurs articles, je voulais revenir sur un phénomène pas innovant voir carrément problématique, la graphologie.

Aujourd’hui en 2013, il existe encore des professionnels du recrutement qui utilisent la graphologie pour évaluer un candidat. Mais pourquoi ? Qu’en-est-il exactement ?

La graphologie dans le recrutement

Cela fait plus de 30 ans que la graphologie est utilisée dans le recrutement. Mais depuis 10 ans avec notamment l’arrivée des nouvelles technologies (plus personne n’écrit à la main) et la répétition de la non scientificité de la graphologie, la pratique chez les recruteurs a quasiment disparu.

Qui n’a pas eu son test de graphologie à la fin des années 90 ?

Moi-même pour un entretien pour faire un CSN (ancien nom du VIE) aux Etats-Unis pour une boite basée à Lille dans le retail, j’ai eu le droit à mon analyse graphologique en 1998: « Vous paraissez avoir des frustrations et des ambitions non réalisées » m’avait déclaré la recruteuse à l’époque. Et je me souviens encore de ces paroles 15 ans après! Cela avait servi de base pour qu’elle me refasse le portrait psychologique d’un coincé qui ne rentrait pas dans les attributs du poste (et heureusement car je trouvais un poste pour France Telecom au Brésil quelques mois après!).

Et pourtant quelques irréductibles recruteurs continuent d’utiliser la graphologie! Un cabinet de recrutement qui admet encore utiliser la graphologie sur un journal de France 2, un responsable de recrutement dans un grand laboratoire pharmaceutique…Bref ou va-t-on??

recrutement comptencesLa graphologie a autant de capacité prédictive que l’astrologie

Ce n’est pas moi qui le dit mais la British Psychological Society ainsi que le ministère du travail qui placent la graphologie aux côtés de l’astrologie, lui donnant une « validité de zéro » dans la capacité à prédire le comportement d’une personne.

Mais cela va plus loin puisque (presque) TOUTES les études scientifiques vont dans ce sens et ce depuis de nombreuses années. Par exemple cette étude  faite par King et confirmée par Koehler et portant sur des dizaines d’études concluent que les aspects mécaniques de la graphologie (orientation, espacement des lettres, etc) n’ont pas de valeur prédictive sur la performance professionnelle.

Il y a encore Bruchon-Schweitzer en 1991, Schmidt et Hunter en 1998 ou encore Salgado pour lesquels la graphologie n’a aucune valeur prédictive!

N’en jetez plus, finissons en avec la graphologie dans le recrutement...et pourtant elle n’est pas illégale et même reconnue par l’AFNOR (norme NF X50-767).

Pourquoi certains professionnels du recrutement continuent de l’utiliser ?

Je m’interroge moi-même mais essayons quelques explications.

D’abord je parlerai de l’habitude. Les recruteurs ont pris l’habitude d’intégrer la graphologie dans leur processus de recrutement…je pense à ce laboratoire pharmaceutique qui, dans son dossier de candidature, demande systématique une lettre manuscrite. Le dossier est à remplir à la main (comme dans l’ancien temps) et il faut joindre toutes les pièces administratives relatives (des photocopies, pas de documents scannés!).

Pour les professionnels du recrutement, ils en ont pris l’habitude car cela leur donne une bonne base de conversation pour démarrer l’entretien..car c’est vrai que c’est toujours délicat de parler de la personnalité du candidat directement et la graphologie donne une « excuse » pour aborder le sujet.

Donc la 2e raison serait donc l’excuse pour parler de la personnalité du candidat au même titre qu’un test de personnalité. Lorsque la recruteuse m’avait parlé de ma personnalité en 1998, je n’étais pas totalement d’accord mais je n’avais que 23 ans à l’époque et je n’avais pas osé contre argumenter.

Globalement la graphologie peut donner des données parfois intéressantes car comme le dit un psychologue, l’interprétation de recrutement evaluationl’écriture, donne des éléments de personnalité. Donc cette illusion de l’interprétation peut amener encore son utilisation…mais appuyons nous sur des éléments plus concrets telle que l’expérience.

Finissons en définitivement avec la graphologie dans le recrutement

Voilà ce n’est que mon avis…mais à l’ère du numérique, nous avons tous perdu l’habitude d’écrire et de nouvelles méthodes d’évaluation plus efficaces et plus pertinentes sont disponibles.

D’abord évaluer le candidat sur uniquement ses expériences et ses comportements, le « competency and behaviour based » entretien comme les anglo-saxons aiment l’appeler.

« Qu’avez-vous fait dans cette situation? Et qu’avez-vous répondu? » Ces techniques s’appuient sur les théories cognitivo-comportementales qui ont largement fait leur preuve et qui sont scientifiquement validées.

Mais il existe, et ce de plus en plus, tous les assessments qui évaluent directement le candidat en lui demandant une compétence technique (quelle ligne de code correspond à…pour un développeur ou une situation de vente pour un commercial). Et les nouvelles technologies nous donnent le pouvoir et les outils pour mettre en place ces outils d’évaluation basés uniquement sur des comportements et des expériences dans un contexte professionnel (jeux, questionnaires…).

Bref, à l’heure où nous avons cessé d’écrire à la main, il est temps de recruter et d’évaluer le candidat avec des techniques qui permettent de trouver le candidat sur ses expériences, ses comportements et ses valeurs. Finalement en 1998, la recruteuse avait peut-être raison mais les arguments basés sur la graphologie étaient faux…et elle avait passé une partie de l’entretien sur le sujet!

PS: en complément de cet article, je vous conseille de lire le test réalisé par Guirec Gombert, « J’ai testé la graphologie » !

Laurent Brouat

Ancien associé de #rmstouch, Laurent est Directeur de Link Humans France depuis 2015.

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