Arrêtons la graphologie dans le recrutement!
Par : Laurent Brouat
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Je comptais vous écrire un article sur la 2e frontière du recrutement avec l’explosion du recrutement en-ligne pour les non-cadres, mais non, après avoir lu plusieurs articles, je voulais revenir sur un phénomène pas innovant voir carrément problématique, la graphologie.

Aujourd’hui en 2013, il existe encore des professionnels du recrutement qui utilisent la graphologie pour évaluer un candidat. Mais pourquoi ? Qu’en-est-il exactement ?

La graphologie dans le recrutement

Cela fait plus de 30 ans que la graphologie est utilisée dans le recrutement. Mais depuis 10 ans avec notamment l’arrivée des nouvelles technologies (plus personne n’écrit à la main) et la répétition de la non scientificité de la graphologie, la pratique chez les recruteurs a quasiment disparu.

Qui n’a pas eu son test de graphologie à la fin des années 90 ?

Moi-même pour un entretien pour faire un CSN (ancien nom du VIE) aux Etats-Unis pour une boite basée à Lille dans le retail, j’ai eu le droit à mon analyse graphologique en 1998: « Vous paraissez avoir des frustrations et des ambitions non réalisées » m’avait déclaré la recruteuse à l’époque. Et je me souviens encore de ces paroles 15 ans après! Cela avait servi de base pour qu’elle me refasse le portrait psychologique d’un coincé qui ne rentrait pas dans les attributs du poste (et heureusement car je trouvais un poste pour France Telecom au Brésil quelques mois après!).

Et pourtant quelques irréductibles recruteurs continuent d’utiliser la graphologie! Un cabinet de recrutement qui admet encore utiliser la graphologie sur un journal de France 2, un responsable de recrutement dans un grand laboratoire pharmaceutique…Bref ou va-t-on??

recrutement comptencesLa graphologie a autant de capacité prédictive que l’astrologie

Ce n’est pas moi qui le dit mais la British Psychological Society ainsi que le ministère du travail qui placent la graphologie aux côtés de l’astrologie, lui donnant une « validité de zéro » dans la capacité à prédire le comportement d’une personne.

Mais cela va plus loin puisque (presque) TOUTES les études scientifiques vont dans ce sens et ce depuis de nombreuses années. Par exemple cette étude  faite par King et confirmée par Koehler et portant sur des dizaines d’études concluent que les aspects mécaniques de la graphologie (orientation, espacement des lettres, etc) n’ont pas de valeur prédictive sur la performance professionnelle.

Il y a encore Bruchon-Schweitzer en 1991, Schmidt et Hunter en 1998 ou encore Salgado pour lesquels la graphologie n’a aucune valeur prédictive!

N’en jetez plus, finissons en avec la graphologie dans le recrutement...et pourtant elle n’est pas illégale et même reconnue par l’AFNOR (norme NF X50-767).

Pourquoi certains professionnels du recrutement continuent de l’utiliser ?

Je m’interroge moi-même mais essayons quelques explications.

D’abord je parlerai de l’habitude. Les recruteurs ont pris l’habitude d’intégrer la graphologie dans leur processus de recrutement…je pense à ce laboratoire pharmaceutique qui, dans son dossier de candidature, demande systématique une lettre manuscrite. Le dossier est à remplir à la main (comme dans l’ancien temps) et il faut joindre toutes les pièces administratives relatives (des photocopies, pas de documents scannés!).

Pour les professionnels du recrutement, ils en ont pris l’habitude car cela leur donne une bonne base de conversation pour démarrer l’entretien..car c’est vrai que c’est toujours délicat de parler de la personnalité du candidat directement et la graphologie donne une « excuse » pour aborder le sujet.

Donc la 2e raison serait donc l’excuse pour parler de la personnalité du candidat au même titre qu’un test de personnalité. Lorsque la recruteuse m’avait parlé de ma personnalité en 1998, je n’étais pas totalement d’accord mais je n’avais que 23 ans à l’époque et je n’avais pas osé contre argumenter.

Globalement la graphologie peut donner des données parfois intéressantes car comme le dit un psychologue, l’interprétation de recrutement evaluationl’écriture, donne des éléments de personnalité. Donc cette illusion de l’interprétation peut amener encore son utilisation…mais appuyons nous sur des éléments plus concrets telle que l’expérience.

Finissons en définitivement avec la graphologie dans le recrutement

Voilà ce n’est que mon avis…mais à l’ère du numérique, nous avons tous perdu l’habitude d’écrire et de nouvelles méthodes d’évaluation plus efficaces et plus pertinentes sont disponibles.

D’abord évaluer le candidat sur uniquement ses expériences et ses comportements, le « competency and behaviour based » entretien comme les anglo-saxons aiment l’appeler.

« Qu’avez-vous fait dans cette situation? Et qu’avez-vous répondu? » Ces techniques s’appuient sur les théories cognitivo-comportementales qui ont largement fait leur preuve et qui sont scientifiquement validées.

Mais il existe, et ce de plus en plus, tous les assessments qui évaluent directement le candidat en lui demandant une compétence technique (quelle ligne de code correspond à…pour un développeur ou une situation de vente pour un commercial). Et les nouvelles technologies nous donnent le pouvoir et les outils pour mettre en place ces outils d’évaluation basés uniquement sur des comportements et des expériences dans un contexte professionnel (jeux, questionnaires…).

Bref, à l’heure où nous avons cessé d’écrire à la main, il est temps de recruter et d’évaluer le candidat avec des techniques qui permettent de trouver le candidat sur ses expériences, ses comportements et ses valeurs. Finalement en 1998, la recruteuse avait peut-être raison mais les arguments basés sur la graphologie étaient faux…et elle avait passé une partie de l’entretien sur le sujet!

PS: en complément de cet article, je vous conseille de lire le test réalisé par Guirec Gombert, « J’ai testé la graphologie » !

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Laurent Brouat

Ancien associé de #rmstouch, Laurent est Directeur de Link Humans France depuis 2015.

14 commentaires

  • Marc Dorcel says:

    Et oui, la graphologie n’a guère d’intérêt dans le monde du travail et pourtant, certains l’utilisent encore. A se demander dans quel monde ils vivent. Lu ça ce matin, intéressant de comprendre que c’est comme l’astrologie : http://www.blog-emploi.com/index.php/post/j-ai-teste-la-graphologie

  • Benoit Bliard says:

    Mille mercis Laurent pour cet article salutaire !
    La question de la graphologie ne se pose pas par rapport à l’archaïsme de la lettre de motivation écrite à la main (celle-ci peut donner quelques indications sur le niveau d’orthographe et de grammaire du candidat ; les logiciels de correction automatique ayant tendance à masquer certaines lacunes), mais bien par l’utilisation d’une méthode non-scientifique.
    J’ignorais que le Ministère du Travail plaçait la graphologie au même niveau que l’astrologie qui est bien une pure escroquerie intellectuelle. Je m’en réjouis.
    Benoit

  • Merci Laurent pour ce point de vue que je partage entièrement !!!

    Je voulais rajouter 3 points :

    1. L’une des deux raisons pour lesquelles les cabinets de recrutement avaient (ont encore !) l’habitude de demander aux candidats de renseigner un dossier papier était justement la possibilité d’en faire une étude graphologique, même en l’absence de lettre de motivation manuscrite. L’autre raison était d’avoir l’accord écrit du candidat (obligatoire légalement) pour faire un contrôle de référence(s).

    2. Si la graphologie existe encore, il ne faut pas oublier qu’il fût un temps où elle était quasiment systématiquement utilisée en tant qu’outil de sélection …. Le premier tri des candidatures était basé dessus et non sur le CV !!! Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un outil complémentaire d’information comme les tests. C’est déjà moins grave, mais insuffisant.

    3. Je me souviens d’un article que j’ai lu il y a une bonne dizaine d’années et qui évoquait une croustillante anecdote concernant l’analyse graphologique de Jean-Marie Messier, bien avant l’aventure Vivendi. Le verdict était sans appel : manque d’ambition ! Quelle clairvoyance ! 🙂

  • Sophie says:

    Tout à fait d’accord avec toi Laurent. Voici mon expérience : j’avais 30 ans et tout se faisait par écrit. Je réponds rapidement à une annonce, dans le style lettre écrite sur un coin de table à la va vite. Je suis reçue pour un premier entretien qui se passe très bien. 2 jours plus tard le recruteur m’appelle et me demande de bien vouloir refaire une lettre manuscrite, car après étude graphologique de la précédente il était apparu que j’étais DÉPRESSIVE !.. Pour lui qui m’avait vu et entendu ce n’était pas possible. J’ai refait ma lettre au calme et tranquillement et j’ai eu les autres entretiens. Le projet n’a finalement pas abouti.
    Si et seulement SI la graphologie était efficace, il faudrait étudier des écrits de la personne à différentes périodes de sa vie, parce que répondre sur un coin de table en vitesse, ou encore être au chômage depuis quelques mois peuvent peut être influencer l’écriture, mais seulement à l’instant T, je suis sûre que l’écriture de la même personne après une belle rencontre, un bon échange, une bonne soirée, un bon apéro RH, dirait tout autre chose…

  • gautheron says:

    N’en jetez plus… la coupe est pleine. .. c’est du moins ce que doivent penser les fervents défenseurs de la graphologie…et on les comprends des années d’études pour maîtriser cet art mystique (voir mystificateur) et voilà que leur gagne pain se trouve ramené à du charlatanisme… Pourtant en sortant d’un dess en psychologie du travail nous étions prévenus. ..aucune base scientifique ne démontrait la pertinence prédictive de cette outil de mesure… je me suis donc souvent demandé quelles études ces recruteurs avaient bien pu avoir… pour conclure permettez moi deux anecdotes. La première, un salarié qui avant de rentrer en bilan de compétences me montre avec une recherche d’adhésion évidente son bilan graphologique et à qui je réponds : « très très fort la graphologie un seul outil alors que pour avoir les mêmes informations je devrais vous faire passer au moins 5 tests différents. .. » Et la deuxième une consultante expérimentée qui voulait rentrer sur mon réseau viadeo. .. et qui s’est offusqué de mon peu de délicatesse concernant son outil de travail comme quoi en 2013 la valeur « prédictive » n’attend pas le nombre des années. ..

    • odile kerejan says:

      Graphologue -et psychologue du travail- j’interviens assez souvent sur des écritures d’ingénieurs débutants pour affirmer qu’elles sont suffisamment automatisées pour traduire leurs personnalités (de même que celles de candidats plus agés écrivant peu). Je travaille pour des cabinets de recrutement soucieux d’objectiver leur évaluation post entretien par ce complément d’information, qui leur permet de mieux comprendre les causes du comportement perçu en entretien (outil indispensable, mais non validé non plus …) et par là de mieux prédire leur adéquation au poste . La graphologie leur semble manifestement plus utile que les tests dits « objectifs » qui traduisent le plus souvent l’image que le candidat veut donner de lui, puisque je collabore avec eux depuis plus de quinze ans. D’autre part la graphologie fait partie des sciences humaines et s’appuie sur la psychologie, ce qui n’est pas le cas de l’astrologie, à ma connaissance. Pour finir, la graphologie n’est pas la panacée, mais me semble conserver sa place et sa pertinence dans les procédures d’évaluation actuelles, à condition bien sûr d’être correllée à l’entretien.

      • Anna says:

        Bonjour,

        Faire l’amalgame entre la graphologie et l’astrologie en dit long sur votre méconnaissance de l’outil.. et remet ainsi en question votre capacité à en faire une analyse poussée.
        Cet article s’apparente à un réquisitoire des graphologues ; mais plutot que de perdre du temps à critiquer arbitrairement l’outil (suite à un refus d’embauche ?) quelles solutions innovantes (puisqu’à en lire l’article l’écriture est un savoir faire dépassé) proposez vous pour définir une analyse objective et fidèle à 100% de la personnalité des postulants ?

        P.S : « TOUTES les études scientifiques vont dans ce sens » Avez vous lu toutes les études scientifiques M Brouat ?

  • kerjean says:

    je constate que mon commentaire en tant que graphologue n’a pas été publié, puis savoir pourquoi ?

  • Bonjour à tous,

    Petit bonjour au passage à RMS et à Florence, partenaire sur Reims en innovation sociale.

    Mais je ne m’éloigne pas du sujet, car début 2000 à Reims, j’ai créé un cabinet de recrutement par aptitude et comme j’étais intervenant auprès des thésards en sciences, j’ai eu l’occasion de lire une thèse sur la graphologie. Édifiant sur le plan de l’analyse des résultats, mené avec rigueur, l’étude démontrait qu’avec ou sans la graphologie, le pourcentage de réussite du recrutement après période d’essai était le même …

    Une anecdote, début des années 90, je souhaitais continuer d’évoluer professionnellement, ce qui n’étais plus possible dans la PME où je travaillais. Je réponds à un poste de n°3 chez un leader dans l’industrie agro-alimentaire, où je passe avec succès tous les entretiens avec la Direction. Je reçois un beau courrier me félicitant (ça existait encore à l’époque) et m’invitant à prendre rendez-vous sur Rennes pour effectuer un test de graphologie (en venant de Reims pour un poste à Troyes). Je m’exécute en me demandant ce que cela c’était (suis scientifique, pas RH à cette date là), me renseigne, reste dubitatif, mais bon, pas le choix.
    Résultat : je suis recalé au recrutement parce qu’immature, alors que j’étais le seul qui avait toutes les connaissances techniques exigées. Juste pour précision, je gérai 4 laboratoires, j’étais l’un des 3 meilleurs experts européens dans ma spécialité en formant des étudiants, des ingénieurs et des chercheurs de différents pays + ESIEC, responsable sécurité avec la gestion d’un stock pouvant faire sauter un quart de la ville de Reims, secrétaire générale adjoint de la métallurgie de la marne, membre du codir champagne-ardenne et médiateur sur les conflits de la métallurgie ^^
    Cela m’a coupé dans mon évolution professionnelle, car rare étaient les postes dans mon domaine en France (une dizaine), d’où un des forts éléments ayant amené ma réorientation métier et mon amour de la graphologie, puisque je passe mon temps à mettre de l’objectivité sur de la subjectivité.

    Un principe de réalité en forme de conclusion, au vu de la levée de bouclier contre la graphologie et sans se positionner pour ou contre sa valeur scientifique, suffit de la supprimer une bonne fois pour toute des process de recrutement, puisque ne donne pas de valeur objective sur un candidat.

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