Le recruteur moderne est de plus en plus confronté à l’injonction médiatique d’utiliser les réseaux sociaux. Nous sommes d’ailleurs les premiers à le faire sur #rmsnews. On parle même de révolution. Et pourtant, force est de constater que les recruteurs ont encore du mal à s’emparer des réseaux sociaux. Pas une semaine ne s’écoule sans qu’une étude ne vienne souligner cette difficulté. Celle de cette semaine (dans La Tribune) va jusqu’à titrer que 8% des recruteurs seulement utilisent les réseaux sociaux.

Il faut rester extrêmement prudent sur ces chiffres qui sont souvent assez malhonnêtes dans leur manière de présenter les choses. Mais au-delà de la mauvaise foi de ces articles, ils ont le mérite de mettre en lumière qu’il ne suffit pas de dire « il faut que les recruteurs utilisent les réseaux sociaux » pour que cela se produise. Où est donc passée la révolution ?

Les réseaux sociaux donnent une fausse impression de facilité

C’est à la fois le plus grand atout et le plus grand drame des réseaux sociaux professionnels : ils donnent l’impression que leur utilisation pour recruter est d’une facilité déconcertante. Après tout, il suffirait de quelques clics pour inviter un candidat potentiel, de quelques frappes de clavier pour lui envoyer un message, de quelques secondes pour lui proposer une offre d’emploi…

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J’ai même entendu la phrase suivante : « Quand je vois qu’on a payé un cabinet de recrutement alors que le candidat qu’ils nous ont proposé et qu’on a recruté était sur LinkedIn, je me pose des questions ».

Et, en effet, avec 10 millions de profils sur LinkedIn comme sur Viadeo, ce genre de cas a de fortes chances de se produire. Seulement, en déduire qu’il n’aurait donc pas fallu faire appel à un cabinet de recrutement sous-entend précisément qu’il serait très facile d’aller recruter sur LinkedIn. C’est une grave erreur.

Pourquoi ce n’est pas si facile

La première plainte des recruteurs que je rencontre c’est le temps englouti par l’utilisation des réseaux sociaux professionnels. Et, en effet, quand on débute il y a une phase d’apprentissage conséquente. En dépit des efforts fait par Viadeo et LinkedIn, la plupart des débutants sont d’abord perdus face à l’outil qui regorge d’une multitude de fonctionnalité différentes, le tout livré sans manuel d’utilisation.

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Une fois qu’on a appris à l’utiliser, on a tendance à oublier cette phase du débutant où on est submergé de questions :

  • Comment je mets ma photo ?
  • Comment j’ajoute quelqu’un quand le bouton de connexion n’apparaît pas ?
  • Comment je supprime une relation que j’ai ajoutée par erreur ?
  • Pourquoi je peux envoyer gratuitement des messages à certaines personnes et pas à d’autres ?
  • Comment empêcher qu’un candidat voit que j’ai consulté son profil ?
  • Qui accepter en relation ?
  • Etc.

De quoi se sentir très rapidement perdu. D’autant qu’on ne connaît pas encore les us et coutumes de ces mondes. Quel ton adopter ? Est-ce que cela se fait de sourire sur sa photo ? Comment je me positionne en tant qu’individu et en tant qu’ambassadeur de mon entreprise ?  Au final c’est toute une culture et un lexique qui se sont développés au sein de LinkedIn et Viadeo et qui ne sont écrits nulle part.

Et le fait que tant de candidats aient un profil ne change rien à l’affaire. De la même manière que quasiment tous les candidats ont un téléphone et que ça ne rend pas le recrutement par téléphone facile pour autant. Déjà parce qu’il faudrait trouver les bons numéros des bons candidats. Et ensuite même si je vous donnais les numéros de téléphones (en ligne directe) de tous les bons candidats potentiels, il vous faudrait toujours une expertise et de la technique pour recruter par téléphone.

Il en va de même sur les réseaux sociaux professionnels. Que les candidats y soient (quand ils y sont) c’est une chose, qu’on sache comment trouver ceux qui nous intéressent en est une autre. Et c’est un métier.

Les obstacles du débutant

Quand on débute sur les réseaux sociaux professionnels (et même après) on se retrouve confronté à une foule d’obstacles. Le premier étant l’investissement de départ.

D’abord l’investissement en temps, ou plutôt en envie. Il faut avoir une détermination assez solide pour aller au bout de la démarche et accepter de patauger. Puis la capacité à surmonter la peur de s’exposer que la majorité d’entre nous avons. La peur de parler de soi alors qu’on y est pas forcément habitué. Et au bout du compte : la peur d’être ridicule.

Moqueries

 

L’autre plainte que j’entends souvent c’est qu’on commence par parler dans le vide et que les efforts sont souvent peu fructueux. En effet, l’approche sur les réseaux sociaux professionnels obéit à des règles drastiquement différentes de l’approche sur les CVthèques. Si vous approchez les candidats de la même manière, vous obtiendrez des taux de retour proches de 0%. Alors qu’avec la bonne technique, je connais une recruteuse qui atteint une moyenne de 48% de retour sur ses messages LinkedIn !

Encore une fois, envoyer un message sur ces plates-formes paraît facile alors qu’il y a tout un savoir-faire derrière. Selon votre maîtrise vous aurez des taux de retours variant du simple au quadruple.

Et la technicité ne s’arrête pas aux messages d’approche. Faire du sourcing sur les réseaux sociaux demande également un vrai savoir-faire technique. Jongler avec les opérateurs booléens, dompter les enjeux de synonymie, faire le tri des résultats, sont autant de disciplines qui prennent une heure à expliquer mais des années à maîtriser totalement. D’ailleurs, je l’observe systématiquement en formation : avec les mêmes mots-clés principaux, et après un travail de fond sur la synonymie, les recruteurs obtiennent des résultats complètement différents selon la manière dont ils les utilisent.

Experts

Il y a donc ici un vrai savoir-faire différenciant. D’ailleurs, ceux qui se limitent aux opérations triviales obtiennent en revanche systématiquement les mêmes profils. Ce qui fait que ce sont toujours les mêmes profils qui sont contactés par la majorité des recruteurs. Et les mêmes autres qui sont délaissés alors qu’ils sont tout aussi intéressants, voire plus.

Conclusion

La prochaine fois qu’on vous dira : « il te suffirait d’aller sur les réseaux sociaux professionnels » vous pourrez répondre que c’est beaucoup moins facile que ça n’en a l’air. Il ne s’agit bien entendu pas de s’en servir comme prétexte à l’inaction : pour un recruteur il y a là un enjeu de vie et de mort économique. En revanche, cela permet de dépasser le stade de l’incantation.

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Je ne connais que deux façons pour parvenir à intégrer les réseaux sociaux dans sa pratique de recruteur. La première c’est de vous auto-former. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait moi-même grâce aux articles sourcing de #rmsnews (quand je ne faisais pas partie de l’équipe) et aux blogs anglo-saxons. Et cela prend évidemment du temps. La seconde c’est de vous faire accompagner :D.

Dans tous les cas, il est crucial de prendre conscience qu’il s’agit là d’un véritable investissement. Même avec toute la bonne volonté du monde, sous-estimer la difficulté du sujet vous conduira bien souvent à l’inertie et à la tétanie.

 

 

Crédits Shutterstock : Homme d’affaire au bord d’un lac, Touriste perdu devant une carte, Famille riant devant un ordinateur, Le sosie d’Harry Potter, Piège à souris, Mot experts avec des cubes en bois

Nicolas Galita

Ancien collaborateur de #rmstouch, Nicolas a rejoint Link Humans France en 2015.