Vous vous êtes habitués aux billets « poil à gratter » de Laurent et Jean-Christophe sur #rmsnews. C’est désormais mon tour de me prêter à l’exercice, et je dois avouer que ce n’est pas sans un certain plaisir. Le sujet me replonge dans mes années étudiantes, au souvenir impérissable de ces longues heures passées sur les bancs de l’amphi à trouer ma gomme avec un stylo… souvenez-vous, vous étiez là aussi pour vanter les mérites de votre entreprise. Il s’agit de ces fameuses conférences dont le but est, pour les étudiants, d’entrer en contact avec de potentiels futurs employeurs et pour les professionnels de construire une marque employeur auprès de futurs jeunes cadres.

Cet objectif noble est néanmoins entaché par 2 aspects majeurs :

  •     Des étudiants non préparés rassemblés sous la contrainte par les écoles
  •     Des interventions très descendantes menées par les entreprises

Je vous propose d’entrer dans le vif du sujet en creusant ces deux points mais surtout en essayant de repenser ces conférences pour que les différentes parties prenantes y trouvent leur compte.

 

Une stratégie perdant/perdant de la part des écoles…

Au risque de faire grincer des dents certaines écoles et hérisser les cheveux des recruteurs qui l’ignoraient jusque-là : ces conférences sont généralement obligatoires et les étudiants sont très souvent gratifiés d’une note à la pondération non négligeable dans l’obtention de leur diplôme. En fin calculateur que j’étais, j’avais très vite compris que j’avais tout intérêt à jouer le jeu et participer à l’augmentation du taux de remplissage des amphis de mon école pour compenser mes résultats catastrophiques en statistique.

Hélas, la simple présence ne suffisait pas puisque les ordinateurs étaient interdits, impossible de continuer à draguouiller par chat la jolie 3ème année croisée lors de la dernière soirée.

Mes camarades et moi-même avions testé diverses techniques pour y échapper : le pointage par les copains, venir à la fin de la présentation, les activités associatives fictives, les prétendus entretiens pour un stage, etc. En vain ! L’administration déployait une énergie impressionnante pour contrer toutes nos tentatives.

 

Pouce vers le bas

 

… mais également de la part des entreprises

Maintenant que vous comprenez mieux pourquoi la grande majorité des étudiants ne semble pas ravie de votre présence et pourquoi l’amphi se vide beaucoup plus vite qu’il ne se remplit, voyons de plus près ce que vous recruteurs apportez lors de ces interventions :

Lancement du Power Point, apparition du logo de l’entreprise sous l’animation « goutte d’eau », puis premier slide :

« Nous sommes le plus gros groupe mondial de…, N°1 en Europe, accrédité du label… »

C’est parti pour 15 à 30 minutes d’apnée en fonction des intervenants, c’est le décrochage instantané de 70% des étudiants de l’amphi, les premiers textos commencent à s’envoyer discrètement sous les tables, une photo de votre slide 17 tourne déjà sur Facebook avec la mention « Steve Jobs donne une conférence, c’est génial ! Apéro au Jimmy’s à 19h30 pour les survivants ! ».

Ayant – un peu – gagné en maturité depuis ces années folles, je sais aujourd’hui l’opportunité que cela représente pour un étudiant de rencontrer des professionnels et être en contact avec les entreprises mais pas dans n’importe quelles conditions. Il est nécessaire de repenser complètement le format mais aussi et surtout le contenu des présentations.

L’école devrait mieux préparer ses étudiants à ces rendez-vous pour qu’ils sachent comment exploiter ces moments (questions reliées à un cas concret, cartes de visite, profils pros en ligne à jour, etc.).

Mais vous pouvez également participer à ces améliorations en apportant un contenu différent et bien plus adapté. Les étudiants ne veulent pas entendre que vous êtes le numéro 1 de votre catégorie, ils le savent déjà, c’est sur Wikipédia.

 Etudiants dans un parc

 

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

Ce qui intéresse les étudiants, c’est de savoir ce que vous avez concrètement à leur proposer. Des offres de stages ? Des futurs emplois ? C’est un bon début, mais en quoi cela consiste ? Quels profils recherchez-vous ? Ils vont avoir la chance de travailler dans un open space ultra dynamique ? Un cadre que vos concurrents vous envient ? Vous avez un super CE ? etc. Autant d’éléments que l’on a très rarement eu l’occasion d’entendre lors de ces conférences et qui réveilleraient sans aucun doute une grande majorité de l’amphi.

Vous pourriez même aller encore plus loin : pourquoi se cacher derrière ces slides alors que les étudiants sont en face de vous ? Vous aussi, vous pourriez leur demander ce qu’ils attendent de leur futur employeur. Proposez aux plus intéressés de rester à la fin pour échanger avec vous. Vous pourriez même quitter cette estrade en bois et aller voir ce qu’ils font dans leurs associations, leur proposer votre aide sur un sujet, etc. Cela demande en effet plus d’énergie et d’implication, mais ça sera bien plus payant pour votre entreprise et même pour vous personnellement en tant qu’intervenant.

L’école sera également à votre écoute si vous désirez changer des choses. Pourquoi ne pas organiser cette rencontre dans la cafétéria ou dans le parc de l’école ? Cela pourrait-être une excellente idée d’aller là où les étudiants ont l’habitude d’échanger.

J’ai volontairement noircit le tableau mais de plus en plus d’entreprises prennent conscience de cette problématique et arrivent avec des formats divers et variés. C’est le cas par exemple de Thalès qui commence toujours ses interventions en école par un test interactif avec les étudiants.

On pourrait également discuter de l’utilité des forums entreprises organisés dans les écoles ou encore de comment le Campus Management pourrait être repensé. Autant de problématiques qui seront d’ailleurs traitées lors du prochain #TruParis avec le tout nouveau format #TruEcole !

Crédit Photos : Shutter Stock : « Etudiants démotivés » ; « Etudiants dans un parc » ; « Pouce vers le bas« 

Pierre-Gaël Pasquiou

Pierre-Gaël travaille chez #rmstouch en tant que Responsable Partenariats et Business Development. Il forme également les BAIP des Universités et des Ecoles dans le cadre de l’utilisation des médias sociaux pour l’insertion professionnelle.