Le sujet des MOOCs (Massive Open Online Courses) avait déjà été évoqué lors du précédent #TruParis, en octobre dernier. France Université Numérique venait de se lancer dans l’aventure et il avait été beaucoup question à l’époque des modèles économiques possibles pour ces nouveaux dispositifs de formation. A la fois instrument de stratégie marketing et outil de sourcing, le MOOC offrait, avions-nous conclu, bien des perspectives dont les RH devaient se saisir au plus vite.

Depuis, des centaines d’articles sont parus dans la presse française sur le sujet ! Cet emballement a mis l’enseignement pour un temps au cœur des préoccupations des médias, et les MOOCs au cœur des réflexions des professionnels de la fonction RH.

tweet moocs #TruParis 1

L’une des questions fondamentales dans les débats qui agitent la communauté curieuse de ce phénomène est celle de la « valeur » des MOOCs et des moyens de créditer les efforts de ceux qui les ont suivis jusqu’au bout et avec succès.

Certains voient déjà dans les MOOCs une Révolution en marche, un « Tsunami numérique »* qui pourrait balayer bientôt tout le système de l’enseignement supérieur tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est prendre quelques raccourcis et sans doute jouer prématurément à nous faire peur. Car avant de s’inscrire durablement dans le paysage, encore faut-il que le MOOC trouve sa place dans l’offre foisonnante de la formation supérieure et que les RH trouvent le moyen d’en faire une réalité opérationnelle et un vecteur d’employabilité.


MOOCS TRUPARIS

 

Les MOOCs, diplômes de demain ?

Emmanuel Delamarre, Responsable Marketing de la Direction Entreprises et Carrières à l’EDHEC, et co-fondateur du New Gen Talent Center, dirige actuellement deux projets de MOOCs au sein de l’EDHEC. Il lui est échu d’introduire le débat à #TruParis, il a donc pris le soin de redéfinir d’abord pour nous ce que l’on entend par « diplôme ».

Passons sur l’étymologie et la définition littérale du terme, et retenons simplement que le « diplôme » recouvre plusieurs réalités et donc autant d’enjeux :

  • une validation « juridique » : la reconnaissance par l’Etat d’un grade ou d’un niveau ;
  • un savoir : la preuve de ce que l’on a appris au cours d’un cursus déterminé ;
  • la notoriété dudit cursus : la « marque » de l’établissement fréquenté.

Aujourd’hui un MOOC ne répond généralement qu’aux deux dernières exigences.

Quelques uns, à la marge, permettent depuis peu de valider des crédits ECTS. Mais le système de formation français ne permet pas encore de valider un diplôme reconnu par l’Etat par le seul fait d’avoir suivi des MOOCs, quand bien même l’apprenant aurait su trouver en ligne des modules équivalents aux unités d’enseignement constitutives d’un diplôme.

Pas question pour autant d’attendre une réforme structurelle de la formation en France pour s’interroger sur la manière dont la fonction RH pourrait dès à présent tenir compte des MOOCs et les valoriser dans le processus de recrutement !

 

MOOCS TRUPARIS

 

Quelle place pour le MOOC sur un CV ?

La mention des MOOCs commence à apparaître sur les CV dans la partie « Formation ».  Effet d’aubaine ou véritable valeur ajoutée ? Quel regard les recruteurs devraient-ils porter sur ces nouvelles mentions ?

Sarah Akel, Chargée de Développement RH chez Canal+, et Jérémie Sicsic, co-fondateur de Unow, société pionnière dans la conception de MOOCs, ont rappelé la semaine dernière la dimension qualifiante des MOOCs, pensés le plus souvent sur un modèle proche de celui des cursus universitaires avec des séances hebdomadaire et une validation finale via un test en ligne (souvent des « quiz » sous forme de QCM).

Des solutions de « proctoring » commencent même à émerger pour essayer de reproduire dans le cadre des MOOCs des conditions de surveillance d’examens comparables à celles déployées pour les diplômes d’Etat. Car il y a derrière ces dernières évolutions un enjeu double :

  • celui pour l’apprenant d’être dorénavant en mesure de prouver qu’il a bien suivi l’intégralité du cursus et validé des connaissances qu’il pourra alors valoriser sur le marché du travail,
  • le pendant, c’est-à-dire la possibilité pour les établissements dispensant ces formations de monétiser des certifications de plus en plus recherchées par les apprenants.

N’oublions pas que la raison pour laquelle les établissements de l’enseignement supérieur ont aujourd’hui le quasi monopole sur les MOOCs tient justement en leur capacité à délivrer des certifications reconnues, prérogative que précisément n’ont pas les entreprises.

 

MOOCS TRUPARIS

 

Que valorise-t-on avec les MOOCs ?

Savoir ou savoir-être ? Dans le MOOC tout est bon ! 😉

Et, pour les recruteurs, à chacun sa stratégie pour exploiter ces nouveaux objets.

Certains vont choisir de ne s’attacher qu’au taux de complétion, aux résultats tangibles obtenus aux quiz hebdomadaires, à la certification reçue. A l’inverse, au-delà de la validation d’un cursus qualifiant, ce que les recruteurs vont également pouvoir apprécier c’est la capacité d’engagement d’un candidat à se former de sa propre initiative et sur son temps personnel, son agilité, sa capacité à s’approprier de nouveaux outils.

Sans oublier l’autonomie, la rigueur, la curiosité, la motivation, la persévérance, … qui sont autant de qualités que peut revendiquer un « MOOCer ».  L’occasion pour un candidat de faire la preuve de ses soft skills, et pour un recruteur de départager, pourquoi pas, deux candidats aux bagages académiques comparables.

Compte tenu de la vitesse à laquelle évoluent les technologies et les compétences nécessaires pour manipuler les nouveaux outils, les formations académiques ont souvent du mal à absorber ces changements en temps réel dans les cursus qu’elles proposent. Contraintes de calendrier, contingences matérielles, poids des accréditations, empêchent les programmes d’évoluer de manière souple et rapide pour suivre les évolutions de la société. Les MOOCs qui se développent aujourd’hui par dizaines chaque mois peuvent donc être un moyen de compléter une formation initiale lacunaire et de donner du relief à des cursus assez standardisés qui laissent peu de place aux choix individuels et à la spécialisation (comparativement, du moins, à ce qui se fait dans les pays anglo-saxons notamment).

 tweet moocs #TruParis 2

Le MOOC, outil de recrutement ?

Si la pratique est communément admise lors d’un recrutement de vérifier auprès des écoles et universités l’authenticité du diplôme d’un candidat, aucune entreprise, en revanche, ne se renseigne jamais sur le comportement d’un candidat durant son cursus, sur son implication dans les activités de son établissement, ou le leadership exercé sur sa promotion, … Tant d’informations inexploitées et qui seraient pourtant bien utiles !

Avec les MOOCs, les entreprises ont peut-être trouvé le moyen de combler cette lacune. Elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir s’engager dans la co-production de MOOCs avec les écoles. Elles espèrent ainsi disposer en première main de data pertinentes et agrégées sur les candidats potentiels que sont les apprenants : données comportementales (durée et niveau d’implication, qualité de l’évaluation des pairs, …), mesure de la performance à travers les résultats aux tests, …

Capture d’écran 2014-05-27 à 10.34.22

Emmanuel Delamarre, de l’EDHEC, évoquait des entreprises qui utilisent les MOOCs dans leurs  processus de recrutement en guise d’assessments centrers. Certaines commencent même à les utiliser plus en amont encore du processus pour identifier des candidats cibles qui n’auraient sans doute jamais obtenu ne serait-ce qu’un entretien sur la base de leur seul CV. L’occasion de créer des viviers, de dénicher des candidats aux parcours atypiques, et de lutter finalement contre le clonage qui mine trop souvent les écoles.

 

Le tsunami numérique n’a pas encore mis sens dessous dessous les pratiques RH. Dans la plupart des entreprises, la réalité du terrain en est même encore très éloignée ! Mais un souffle nouveau se lève doucement, et nul doute qu’il offrira bientôt de nouvelles perspectives à cette fonction de plus en plus poussée dans ses retranchements, exhortée à évoluer ou à disparaître. Je reviendrai bientôt sur certaines initiatives inspirantes, comme celles de Canal+, qui se sont saisies des MOOCs pour en faire les instruments d’une politique RH innovante.

A suivre… 😉

 

Des interférences dues à des smartphones allumés ont malheureusement altéré la qualité du son.
Nous vous remercions par avance pour votre compréhension.  

 

* En référence à l’ouvrage du même nom d’Emmanuel Davidenkoff, publié récemment.

 

Crédit photo : Shutterstock – Funny baby in academician clothes using laptop 

 

Les derniers articles par Jennifer Boukris (tout voir)