Lorsque j’étais Community Manager pour l’Ecole de Management Strasbourg, j’avais rédigé un billet sur mon blog qui prédisait que les associations d’anciens étaient vouées à disparaître avec l’arrivée des réseaux sociaux professionnels. Quatre ans plus tard, les associations d’anciens existent toujours, mais LinkedIn et Viadeo se sont clairement positionnés comme des outils à disposition des associations d’anciens et plus largement des différents établissements de l’enseignement supérieur.

Petite fierté Cocorico, le premier acteur à avoir proposé une solution concrète aux écoles était Viadeo, qui dès début 2013 lançait ses « School Pages ». En réalité il s’agissait d’une déclinaison des Pages Entreprises lancées quelques mois plus tôt : un espace adapté aux écoles et aux différents centres de formation, qui leur offrait la possibilité de détailler leurs programmes pédagogiques. Comme les Pages Entreprises, ces pages peuvent être créées gratuitement, un abonnement existant permet de débloquer un certain nombre d’options sur la page. L’engouement était bien au rendez-vous puisqu’en quelques semaines plus de 2 500 pages d’écoles ont été référencées.

Courant de l’été 2013, c’est au tour de LinkedIn de publier une vidéo pour annoncer le lancement de ses « University Pages » avec « LinkedIn for Higher Education ».

Le but de ce billet est de regarder comment, dans les faits, les associations d’anciens ont été impactées par ces deux réseaux sociaux. On verra les problèmes engendrés et les avantages que peuvent avoir les associations et les recruteurs à utiliser ces réseaux.

 

LinkedIn et Viadeo ont tué les associations d’anciens

La première source de revenus des associations d’anciens en France, ce sont les cotisations des adhérents. Impossible de vous dire à combien s’élèvent ces cotisations, puisque chaque association cultive un certain flou artistique sur celles-ci. Dans la très grande majorité des cas ces cotisations permettaient, entre autres, d’accéder à ce qui était présenté comme le graal de tous les temps : le répertoire des anciens.

Sauf que ce repertoire, et j’en ai eu quelqu’uns entre les mains, ne sont jamais à jour et par conséquent plus de la moitié des contacts sont inutilisables. Chose relativement logique puisque cela nécessiterait une énergie impressionnante pour réussir à mettre à jour ces bases de données qui explosent année après année. Rares sont les diplômés qui après quelques années pensent à alerter leur école des changements de poste et d’adresse email. D’ailleurs, essayez de contacter un ancien de votre école 3 ans après sa sortie pour lui demander pourquoi il ne met pas à jour sa fiche sur l’intranet de l’école, vous verrez ce qu’il vous répond !

Le constat est clair : les anciens ne vont pas ou très peu sur leurs plateformes d’anciens. Si vous voulez une preuve très concrète, diffusez une annonce d’emploi sur une plateforme d’anciens et regardez le nombre de CV qui remontent. Dans le meilleur des cas ils sont déjà en poste, dans le pire ils ne savent même pas qu’une telle plateforme existe.

Lorsque l’on est étudiant ou jeune diplômé et que l’on a compte sur LinkedIn et/ou Viadeo,  même gratuit, on se rend compte qu’il est finalement aussi simple et efficace de passer directement par ces réseaux sociaux pour retrouver ou trouver un contact. Donc l’intérêt de cotiser à son association d’anciens se limite aux quelques événements organisés dans l’année, où l’on retrouve d’ailleurs plus de personnes en recherche d’emploi que de professionnels avec lesquels on pourrait faire du réseau.

Le graphique ci-dessous illustre parfaitement ce désintérêt des étudiants et jeunes diplômés pour leurs associations d’anciens. Il s’agit là du taux de cotisation en France d’une business school européenne, on constate une chute vertigineuse du nombre de cotisations sur les dix dernières années. Pour rappel, Linkedin a été créé en 2003 et Viadeo en 2004, je vous laisse faire le calcul …

Cotisations Associations d'anciens

Ce dernier a été publié par Serge Delwasse dans son excellent billet que je vous invite également à lire « Repenser les associations d’anciens élèves des grandes écoles » publié en septembre 2013 dans Le Cercle des Echos.

L’une des solutions adoptées par de nombreuses grandes écoles a été d’opter pour une solution plutôt radicale : intégrer les cotisations aux frais de scolarité. Cela peut se justifier puisque l’association d’anciens et son réseau fait finalement partie de la promesse faite par une grande école à ses étudiants.

L’autre solution, plutôt ingénieuse, était d’offrir une adresse mail à vie, qui est en réalité un alias permettant de rediriger les mails vers la boîte personnelle de l’ancien étudiant. Une solution adoptée depuis longtemps outre atlantique où la levée de fonds par les anciens pèse un poids non négligeable dans les budgets des écoles et de leurs associations d’anciens.

Mais en réalité, ce que proposent LinkedIn et Viadeo, c’est une solution « gagnant-gagnant ». Si je caricature, on pourrait presque traduire leur message par « Vous n’arrivez plus à gérer vos réseaux d’anciens, on va vous aider et ça ne va (presque) rien vous coûter », la réalité est bien entendu un peu plus complexe mais nous n’en sommes finalement pas si loin.

 

LinkedIn et Viadeo ont sauvé les associations d’anciens

Gérer des bases de données gigantesques, en les maintenant à jour, c’est le pari qu’ont fait ces réseaux sociaux professionnels. Bien entendu, leurs fonctionnalités sont aujourd’hui bien plus larges mais la finalité qui nous intéresse reste la même : les contacts sont à jour et vous savez enfin où sont vos anciens en ce moment et par quelles entreprises ils sont passés.

La grande différence avec LinkedIn et Viadeo, c’est que ce sont des réseaux qui vont suivre un diplômé pendant la totalité de sa carrière. Il met à jour son profil, il ajoute des relations professionnelles, envoie des messages, publie de l’actualité, participe à des groupes, etc. Du coup l’intérêt de venir s’insérer là-dedans pour une association d’anciens devient évident.

D’ailleurs, la vidéo diffusée par LinkedIn (LinkedIn for Higher Education) au moment du lancement de ces pages écoles est très claire sur ce point « LinkedIn can help you and your students », et l’un de leurs outils porte même le nom sans équivoque de « Alumni Tool ». Outil plutôt pratique d’ailleurs puisqu’il permet en un coup d’oeil de voir dans quelles entreprises travaillent les anciens étudiants d’une école, et même si il y a des personnalités reconnues qui sont passées par l’école en question. Cette utilisation des data est une démonstration de force qu’il est parfaitement impossible de concurrencer pour une école, ou en tout cas très difficile et surtout extrêmement onéreux à mettre en place.

Alumni Tool Harvard

Benoit Anger, Responsable de la Communication de France Business School, ne s’est pas posé la question bien longtemps. France Business School étant le fruit de la fusion de quatre écoles (ESCEM, ESC Amiens, ESC Clermont et ESC Bretagne Brest), retrouver et fédérer autour d’une nouvelle marque 37 000 diplômés n’aurait jamais été possible sans ces supports. Il a fallu également regrouper des communautés d’anciens qui ne se connaissaient même pas et reconstituer rapidement une base de données à jour afin de communiquer auprès de tous.

Côté entreprises il en va de même, on peut par exemple citer Accenture qui utilise LinkedIn et Viadeo comme des canaux de communication RH pour toucher des diplômés au travers de groupes animés par leurs employés, dont des anciens des écoles concernées. Ces réseaux sont une source de candidats potentiels que cette entreprise a rapidement identifiée comme incontournable pour toucher des stagiaires, alternants, jeunes diplômés ou même expérimentés.

Deloitte applique le même principe à ses propres collaborateurs, avec un système d’association d’anciens dont les salariés font partie à vie et qui leur donne un droit d’accès à différents groupes sur les réseaux sociaux professionnels, afin de rester en contacts avec leurs anciens collègues.

Videos Linkedin Lycéens

Finalement on peut dire que ces réseaux sociaux ont participé à la mutation des associations d’anciens. Une mutation qui était de toute façon nécessaire puisque les besoins et usages des diplômés avaient déjà évolué et que les ces associations se devaient de s’adapter pour survivre. Si vous avez encore un repertoire d’anciens en format papier, gardez le précieusement, c’est très certainement l’un des derniers en circulation ;).

Pendant ce temps là, LinkedIn a encore pris de l’avance en allant chercher ses futurs utilisateurs avant même qu’ils ne rentrent dans les écoles ou Universités. Une vidéo à destination des étudiants et sous-titrée en 20 langues  « Linkedin Safety Center » se propage déjà sur la toile et dans les lycées. D’ailleurs vous remarquerez que l’une des plus consultées est celle qui est sous-titrée en Français… Et vous, avez-vous  déjà commencé à créer des communautés de lycéens ?

Si le sujet vous intéresse, sachez que nous l’aborderons le 21 mai prochain à l’occasion de #TruParis !

Pierre-Gaël Pasquiou

Pierre-Gaël travaille chez #rmstouch en tant que Responsable Partenariats et Business Development. Il forme également les BAIP des Universités et des Ecoles dans le cadre de l’utilisation des médias sociaux pour l’insertion professionnelle.