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Vers la fin du travail, vraiment ? (Par Thomas Chardin – #rmsconf 2018)
Par : Thomas CHARDIN
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Avec la montée de l’automatisation et les avancées des intelligences artificielles, certains prédisent la fin du travail. Vraiment ? En êtes-vous sûrs ? La confusion entre emploi et travail pollue les discours et empêche d’y voir clair. Quel est l’avenir du travail ? Quel travail l’avenir nous réserve-t-il ?

 

Travail ou bullshit job, mon coeur balance

En 2013, l’anthropologue David Graeber crée un véritable séisme suite à la publication de son article “Le phénomène des jobs à la con” sur le site américain Strike. Les “bullshit jobs”, sortent de l’ombre et pas qu’un peu. L’article est traduit dans une vingtaine de langues et connaît un écho international. Il y avait tellement de choses à dire sur ces “jobs à la con”, une “forme d’emploi rémunéré qui est si inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence”, que l’auteur revient en cette rentrée 2018 non pas avec un nouvel article, mais bien un livre de près de 400 pages. David Graeber y précise que 37 à 40 % des travailleurs d’un pays considèrent exercer un emploi vide de sens. Tandis que l’automatisation, l’intelligence artificielle et la robotisation font craindre la destruction de millions d’emplois (47 % des postes seraient concernés rien qu’aux Etats-Unis), des salariés prieraient donc en secret pour que le leur passe au broyeur ?

 

L’histoire d’un paradoxe

Certes, c’est inéluctable, des emplois vont bel et bien disparaître. Mais d’après une étude de l’OCDE, les projections sont à revoir à la baisse puisque 9 % des postes seraient voués à être automatisés, et ce, dans 21 pays. Une société sans emploi, ce n’est donc pas pour tout de suite. Ce que l’on sait de manière certaine c’est qu’on ne sait pas de quel côté la tartine du futur va tomber. Les innovations, tant en matière de produits que de services, devraient donner naissance à de nouveaux emplois. Quand ? Là est le problème : l’asynchronie entre la destruction et la création des emplois. Croisons surtout les doigts pour qu’il ne s’agisse pas de bullshit jobs. Et gageons également que les emplois trouvant actuellement grâce aux yeux des collaborateurs ne prennent pas le chemin du job à la con. Car derrière des postes inutiles – avérés ou en devenir – se cache le grand mal-être de ceux qui les occupent, pouvant aller jusqu’au bore-out, l’épuisement professionnel par l’ennui total.

C’est peut-être là tout le paradoxe de notre société :

  • elle érige presque comme une fin en soi le fait d’avoir un emploi, vecteur de lien social et d’intégration sociétale, une activité exercée contre une rémunération ;
  • elle ne parvient pas pour autant à doter chaque individu d’un emploi ;
  • et lorsque les individus ont un emploi, plus d’un actif en poste sur trois le trouve sans intérêt pour la collectivité.
    Le travail libère et aliène à la fois.

 

Travail vs emploi, le faux débat ?

Quelque chose ne tourne vraiment pas rond. Le problème réside-t-il dans cette obsession schizophrénique à parler d’emploi et de travail ? Ou à assimiler systématiquement le travail à un emploi ? Ou à considérer qu’un travail débouche obligatoirement sur une rémunération ? André Comte-Sponville donne cette définition du travail : “Une activité utile – et utile à tout autre chose qu’au plaisir qu’on y trouve – le plus souvent fatigante ou fastidieuse qui suppose une certaine compétence et qui crée ou qui maintient de la richesse.” Le philosophe explique que le travail n’est pas uniquement marchand ou salarié. Le ménage, la garde d’enfant, la cuisine, le bricolage ou encore le jardinage effectués sur son temps libre, eh bien, c’est aussi du travail.

 

On critique alors facilement cette appellation de travail tel qu’usitée aujourd’hui, En effet, ce n’est pas la seule activité humaine ! Toutes les autres activités sont aussi économiquement valables et socialement contributives. Le travail n’est pas l’unique vecteur de lien social et d’épanouissement individuel. La critique de l’hégémonie du travail est donc relativement facile. Il faut le libérer de son côté mercantile pour en retrouver le sens originel.

Certes, on peut ainsi distinguer le travail de l’emploi, et opposer les deux notions « Travail » et « Emploi ». Pour le commun des mortels dont je fais partie, ces deux mots sont toutefois assez proches.

J’entends bien que la distinction sémantique a pour objet d’insister sur le caractère finalement second, marchand et transitoire de l’emploi (qu’on qualifierait à tort de travail) et sur le caractère plus large, libératoire du « vrai » travail.
Et que c’est donc avec cette conception étendue du travail que nous devons renouer : nous devons libérer le travail et lui redonner son vrai visage, un visage humain et surtout pas capitalistique.

Appréhender le travail – versus l’emploi – comme « toute création à travers laquelle l’homme arrache quelque chose à la nature pour lui donner forme humaine » me semble être :

  • pragmatiquement inutile pour ceux qui cherchent un travail, au sens commun d’emploi ;
  • conceptuellement inappropriée, car la notion de travail qui engloberait toute œuvre humaine recouvre des réalités trop disparates qui ont moins à voir les unes par rapport. Avec une telle assertion, tout serait dans tout et réciproquement.

 

Traverser la rue pour trouver quel travail ?

Alors, demain, travaillerons-nous encore ? Indubitablement. Mais sous quelle forme ? Telle est la question. Salarié, indépendant, bénévole ou autre statut qu’il reste à inventer ? Et surtout, quelles activités exercerons-nous ? Parviendrons-nous à éradiquer les emplois, missions, commandes qui ne riment à rien ? Sommes-nous prêts à accepter de travailler de moins en moins ? De 1892 à 1998, la durée légale du travail est passée en France de 12 heures par jour (six jours sur sept ; 11 heures pour les femmes et les jeunes de 16 à 18 ans) à 8 heures par jour (39,1 heures de travail effectif par semaine en France). Comme le rappelle David Graeber, John Ford pensait qu’à la fin du 20e siècle, les États-Unis pourraient instaurer la semaine de 15 heures du fait des avancées technologiques. Nous n’en sommes pas là, mais en prenons-nous le chemin ? Et si tel était le cas, réussirons-nous à sortir de la logique “emploi” ? Car, nous le savons bien, il ne suffit pas de traverser la rue pour en trouver un. Ni aujourd’hui et dans ces conditions encore moins demain.

 

 

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Thomas CHARDIN

Ancien Directeur Marketing BtoB de Manpower, ancien Directeur Marketing en charge de la stratégie et des offres RH d’ADP après un passage en start-up et chez Deloitte. Fondateur et Dirigeant de Parlons RH (www.parlonsRH.com), agence de marketing éditorial et digital pour les acteurs des Ressources Humaines et du Management. Nous permettons à ces acteurs d’optimiser l’intégration des médias sociaux dans leur stratégie de communication tant interne qu’externe.

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